L'argent russe de Chypre bientôt en Suisse?

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Fuite de capitauxL'argent russe de Chypre bientôt en Suisse?

Suisse, Pays-Bas, Luxembourg, Lettonie voire Hong Kong: les destinations ne manquent pas pour les fortunes et entreprises russes désireuses de quitter Chypre après deux semaines de tempête financière.

Selon le directeur de la banque centrale russe, 60% des massives fuites de capitaux à Chypre sont d'origine douteuse. (photo: AFP)

Selon le directeur de la banque centrale russe, 60% des massives fuites de capitaux à Chypre sont d'origine douteuse. (photo: AFP)

Pour les experts, un reflux de capitaux vers la Russie est peu probable, faute d'un environnement plus propice aux affaires. «Après son sauvetage, Chypre ne servira plus de transit pour l'argent russe», résumait cette semaine Cliff Kupchan, du centre d'analyse Eurasia Group. «Les Européens, en particulier les Allemands et les Finlandais, voulaient voir partir les énormes fonds russes placés chez ce membre de l'UE pour faciliter l'adoption du plan de sauvetage par leurs parlements, et ils vont y parvenir», ajoutait cet expert basé à Washington.

De nombreuses fortunes ou sociétés russes, en particulier des petites et moyennes entreprises, choisissaient jusqu'à présent de s'enregistrer sur l'île où elles bénéficiaient d'un régime fiscal ultra-favorable. L'impôt sur les sociétés y était fixé à 10%, moitié moins qu'en Russie, et d'importantes exemptions fiscales s'appliquent aux non-résidents, par exemple sur les dividendes et certaines opérations financières, explique Alexandre Zakharov, de la société de conseil fiscal Paragon Advice. Sous la pression de ses bailleurs de fonds, Nicosie a accepté de relever son impôt sur les sociétés, perdant de son attractivité. Et le remède de l'UE, qui ponctionne les fortunes placées dans les deux premières banques de l'île, risque d'échauder ceux qui sont tentés par l'exil fiscal.

Les Pays-Bas et la Lettonie possibles pays d'accueil des fonds russes

Les autorités russes, qui font officiellement de la lutte contre la fuite des capitaux une priorité, se sont empressées de vanter la solidité du système bancaire russe. Le Premier ministre Dmitri Medvedev s'est dit favorable à la création dans l'Extrême-Orient russe d'une zone présentant un régime fiscal favorable, afin de favoriser les rapatriements de fonds. Un tel système permettrait aux autorités «de savoir qui possède combien et d'où vient l'argent», a relevé l'universitaire américain Sean Guillory. Dans les milieux économiques, l'idée a été reçue avec un grand scepticisme. «Une partie des fonds va peut-être revenir en Russie, mais il s'agira d'une petite partie», estime Mark Rubinstein, analyste de la société financière russe Metropol.

«Ceux qui font transiter l'argent par Chypre ne le font pas parce que la vie y est agréable, mais parce que leurs partenaires ont besoin de travailler avec une société basée en zone euro et que les impôts y sont bas», poursuit-il. Les experts citent parmi les candidats possibles Luxembourg, les Pays-Bas, la Lettonie, voire la Suisse ou l'Autriche. Les Pays-Bas, qui disposent d'accords fiscaux avantageux avec la Russie, figurent en deuxième place derrière Chypre en termes d'échanges d'investissements avec Moscou. La Lettonie est également présentée comme une destination possible en raison de sa forte communauté russophone et des niveaux élevés de dépôts des non résidents dans les banques locales.

60% des fonds en fuite seraient d'origine douteuse

Riga, qui aspire à intégrer la zone euro, a assuré jeudi n'observer aucun afflux en provenance de l'île. L'agence publique russe Ria-Novosti a aussi avancé l'hypothèse asiatique, citant notamment Hong Kong, où est cotée le géant russe de l'aluminium Rusal. «Les banques basées à Hong Kong et Singapour sont prisées actuellement par ceux qui veulent expatrier leurs fonds. Mais il est difficile d'y ouvrir un compte» car il faut prouver mener des activités dans la région et s'y rendre physiquement, explique l'expert fiscal Alexandre Zakharov. Et «partout, les exigences sont de plus en plus élevées quant à l'origine des fonds», souligne-t-il. Certains hommes politiques européens accusent Chypre, qui s'en défend, de servir de gigantesque lessiveuse d'argent sale russe, provenant de la corruption ou de trafics.

Le patron de la banque centrale russe a récemment estimé que plus de 60% des massives fuites de capitaux étaient d'origine douteuse. «Cela fait longtemps que Chypre n'est plus un lieu de choix pour le blanchiment d'argent», a estimé dans une tribune dans le journal Vedomosti l'éditorialiste Andreï Babitski. «Ceux qui y vont veulent de faibles impôts mais surtout cherchent à fuir un climat des affaires calamiteux» en Russie, a-t-il ajouté. (afp)

Malte va bien

«Le secteur bancaire de Malte est solide et stable. Malte a rejoint la zone euro en 2008 pour consolider sa stabilité macroéconomique et financière et pour contribuer à la stabilité du système économique et financier à l'échelle de la zone euro», déclare le gouvernement maltais dans un communiqué publié sur son site internet.

Le secteur bancaire de Malte est actuellement inférieur en taille à la moyenne de la zone euro, contrairement à celui de Chypre, à qui l'Eurogroupe a demandé le 25 mars de réduire son importance, rappelle le communiqué.

De plus, les avoirs détenus par les banques maltaises sont «bien diversifiés et très peu exposés aux pays» bénéficiant d'un plan d'aide. Malte est classée au 13e rang sur 144 pays par le World Economic Forum pour la solidité de son secteur bancaire, lequel est par ailleurs «bien capitalisé», souligne le gouvernement.

Cette déclaration fait suite à des spéculations dans la presse internationale ces derniers jours selon lesquelles Malte et le Luxembourg pourraient voir leurs secteurs bancaires à leur tour menacés. Mercredi, le gouverneur de la Banque centrale maltaise Josef Bonnici avait déjà rejeté toute comparaison entre les situations des deux îles méditerranéenes.

Levée des restrictions sur les transactions par carte bancaire

La Banque centrale de Chypre a levé vendredi les restrictions sur les paiements domestiques par carte bancaire imposées à la suite d'un plan de sauvetage aux conditions draconiennes pour le secteur bancaire.

Dans un nouveau décret sur le contrôle des capitaux, la Banque centrale est revenue sur des restrictions publiées mercredi et interdisant les paiements et virements supérieurs à 5000 euros, sans l'aval des autorités.

Contrôles quotidiens

La Banque centrale de Chypre a annoncé vendredi qu'elle réexaminerait au quotidien les mesures de contrôle de capitaux mises en place dans le cadre d'un plan de sauvetage aux conditions draconiennes pour les banques pour les «ajuster» ou les «alléger».

«Tous les jours, nous prendrons la mesure (de la situation) et verront comment ajuster ou alléger ces contrôles avec pour objectif majeur de sauvegarder et de stabiliser le système financier de Chypre», a indiqué la banque centrale dans un communiqué.

Fuites de capitaux via les filiales

Selon l'économiste français Jacques Sapir, cité par Le Soir, qui s’appuie sur ses sources à Londres et Moscou, d'importantes fuites de capitaux seraient organisées par les filiales des banques chypriotes à l’étranger. «Des opérations de sortie ont été mises en œuvre par des filiales des deux banques chypriotes qui sont en cause. On ne connaît pas exactement les montants, mais les estimations vont de 4 à 6 milliards» d'euros, selon lui.

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