ItalieLa campagne électorale éclipsée par le pape
L'annonce surprise par le pape Benoît XVI de sa démission le 28 février prochain a relégué au second plan la campagne électorale pour les législatives des 24 et 25 février.
Les élections italiennes, qui se déroulent dans dix jours, auraient été perçues dans d'autres circonstances comme un enjeu primordial tandis que les capitales européennes scrutent la direction que prendra le pays fragilisé par la crise de l'euro.
Mais il y a de fortes chances que le nouveau gouvernement soit formé juste au moment où le pape de presque 86 ans abandonnera volontairement ses fonctions, un événement qui n'a qu'un précédent en 2'000 ans d'histoire de l'Eglise catholique...
«La première réaction des hommes politiques italiens après la démission du pape a été: «Mon Dieu, maintenant nous disparaîtrons des journaux et de la télévision», a ironisé Ugo Magri, un éditorialiste du quotidien La Stampa.
Campagne terminée
Selon les analystes, le départ annoncé de Benoît XVI pourrait avoir des conséquences importantes sur le scrutin, en contrecarrant la remontée spectaculaire de Silvio Berlusconi dans les sondages et en mettant en lumière le notoire attachement de la classe politique italienne à ses privilèges.
«Il est clair que nous aurons moins l'attention des médias, et il est juste qu'il en soit ainsi», a relativisé le Cavaliere. Tirant profit jusqu'ici de son omniprésence dans les médias, celui-ci a regagné une grande partie de son retard sur la coalition de gauche menée par Pier Luigi Bersani qui ne le distance désormais plus que de 4 points environ.
L'analyste de sondages Luigi Crespi va encore plus loin : depuis l'annonce de Joseph Ratzinger, «la campagne électorale est terminée» !
Distinguer sacré et profane
En outre, les premiers jours du nouveau parlement et du nouveau gouvernement coïncideront vers la mi-mars avec le conclave des cardinaux chargés d'élire le nouveau pape, enfermés dans la chapelle Sixtine, une pratique séculaire qui continue de fasciner le monde entier.
Le comique italien Maurizio Crozza a plaisanté à ce sujet en présentant M. Bersani, l'actuel favori dans la course au poste de chef du gouvernement, comme un éternel perdant. Tous les principaux candidats, attentifs au vote des catholiques, ont cependant pris soin de tresser les louanges de Benoît XVI et encenser sa décision. Le chef du gouvernement sortant, Mario Monti, considéré comme le plus proche de l'Eglise, a cependant affirmé distinguer les deux domaines. «Tenons le sacré et le profane des élections séparés l'un de l'autre», a-t-il dit.
Mais selon certains analystes, la superposition des deux pourrait discréditer davantage encore la classe politique italienne, mise à mal par de nombreux scandales de corruption et accusée de s'être octroyé des privilèges, en matière de salaires ou de retraite, tout en imposant des sacrifices aux Italiens. (ats)