GenèveLes Genevois sont invités à adopter des expatriés
Un site gratis veut mettre en relation population locale et travailleurs internationaux. But: partager ses passions pour mieux s'intégrer.

Deux mondes coexistent au bout du lac, mais ne se rencontrent guère. Entre population locale et expatriés qui travaillent dans le canton - soit environ 30'000 dans le secteur diplomatique, onusien et des ONG, ainsi que des milliers d'autres dans les multinationales - les frontières sont «très étanches. Il faut donc créer des liens pour mieux intégrer les expats et pourquoi pas, les amener à s'impliquer dans des associations ou en politique, faire naître des amitiés». Une philosophie qu'Olga Baranova, 25 ans, veut concrétiser au travers d'une plateforme internet gratuite qu'elle a lancée la semaine dernière.
Priorité à la convivialité
Sur adoptanexpat.ch, l'internaute s'inscrit, note les langues parlées, ses centres d'intérêt et peut contacter d'autres utilisateurs pour une ballade en vélo, une discussion autour d'un verre ou un repas à la maison. Une occasion pour les Genevois de faire découvrir leur canton et leur culture; pour les internationaux, de mieux s'immerger dans leur terre d'accueil. Les premières inscriptions ont déjà été enregistrées. Elles émanent tant de la population locale qu'étrangère.
S'il existe déjà des sites qui proposent des activités aux nouveaux arrivants, il s'agit surtout d'événements collectifs. «Je souhaite privilégier les rencontres en tête-à-tête pour mieux se rencontrer et se connaître», précise la créatrice de la nouvelle plateforme.
Pénible expérience
Née en Russie, arrivée en Suisse en 2006 après avoir vécu en Allemagne, Olga Baranova - conseillère municipale PS en Ville - a souffert de problèmes d'intégration. «La langue était une barrière mais je manquais aussi de connaissances sur Genève, je me sentais inexistante.» Des articles sur les expatriés dans la presse locale cet été et des commentaires négatifs de lecteurs ont agi comme un déclic pour elle. «Les Genevois doivent s'ouvrir. Mais les internationaux doivent aussi faire des efforts», précise-t-elle.
La récente étude mondiale «Expat Insider» montre en tous cas que la Suisse perd régulièrement de son attractivité auprès des travailleurs étrangers. Ils y ont peu de contacts. Une réalité reconnue de tous. «Le réseau d'expats est suffisamment important dans le canton pour que ceux-ci fassent des rencontres, sortent et s'éclatent sans avoir besoin de se mêler à la population indigène», remarque la Genevoise Sophie Jaccoud, qui a travaillé six ans dans une multinationale. Anglais établi au bout du lac depuis 2001, Richard Blades confirme: «La plupart restent entre eux. Sauf ceux qui habitent des villages, où la proximité permet une intégration plus facile».
Durée du séjour aussi en cause
Les grandes écoles internationales de l'arc lémanique n'encouragent pas non plus le mélange à la population locale. Enfin, les contrats de courte durée dont bénéficient souvent les expatriés ne les incitent pas à s'investir. «Ils se disent: à quoi bon? Je vais bientôt repartir... Mais après 5 ou 6 ans, c'est différent, nuance Nir Ofek, directeur d'un site d'accueil pour expatriés. Ils se rendent compte qu'ils sont là pour rester et s'intègrent alors davantage.»
Mais même après 15 ans, pas facile de comprendre les spécificités et la population de la région: «Je manque de connaissances, de contacts et d'occasions pour mieux découvrir Genève, avoue Tejtarn Singh, d'origine indienne. Cette nouvelle plateforme pourrait m'y aider, je suis sûr qu'elle peut avoir du succès!»
Soutien cantonal aux internationaux
"L'intention est louable". Pour le délégué cantonal à la Genève internationale, toute initiative pour l'intégration des expatriés est bonne à prendre. "Mais attention aux caricatures, prévient Olivier Coutau. Nombre d'entre eux participent à des activités locales." Pour aider les nouveaux arrivants, le Canton leur fournit moult conseils et informations pratiques. Le Centre d'accueil (CAGI) organise aussi des événements, parfois très formels comme la soirée de l'Escalade avec les autorités genevoises. Mais aussi des sorties plus décontractées, notamment à la Fête des Vendanges de Russin.