CERNDébuts réussis pour le LHC
Au CERN, la satisfaction est de mise après l'entrée en matière réussie du grand collisionneur de hadrons (LHC).
Le plus puissant accélérateur de particules jamais construit a été mis en route mercredi à la frontière franco-suisse, avec pour mission de percer des mystères de la physique et d'aider les scientifiques à mieux comprendre l'univers.
Les chercheurs du CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) ont réalisé avec succès deux tests majeurs en injectant un faisceau de protons, d'abord dans le sens des aiguilles d'une montre puis en sens inverse, dans l'immense anneau de 27 kilomètres de circonférence, situé à 100 mètres sous terre.
Le LHC va très progressivement monter en régime et mettra probablement un an avant d'atteindre sa pleine puissance. A terme, les chercheurs espèrent faire d'importantes découvertes grâce à cette machine de 2,6 milliards d'euros, notamment détecter des traces de l'invisible «matière noire», censée composer plus de 96% de l'univers, et percer le mystère du «boson de Higgs», particule jusqu'ici théorique qui donnerait sa masse à la matière.
Mercredi matin, un flash est apparu sur un écran de contrôle à 10h26 (8h26 GMT), signalant que le premier faisceau tiré avait parcouru la totalité de l'anneau. «C'est fait», a déclaré le directeur du projet LHC, Lyn Evans. «Bravo à tous!», a lancé Robert Aymar, directeur général du CERN, sous les acclamations des scientifiques présents dans la salle de contrôle du LHC.
Le président français Nicolas Sarkozy a salué dans un communiqué un «très grand succès pour l'Europe qui montre son leadership mondial dans des domaines majeurs de la science». Il s'est également dit «fier de constater que les scientifiques français sont au premier rang de cet événement».
Ultérieurement, deux faisceaux seront tirés dans des directions opposées dans le LHC afin de provoquer des collisions de protons et de recréer les conditions qui devaient exister une fraction de seconde après le Big Bang, l'explosion massive qui selon les scientifiques a donné naissance à l'univers.
M. Evans, qui travaille depuis 1984 sur le projet, présenté comme la plus grande expérimentation de l'histoire de la physique, s'est dit «soulagé». «C'est une machine d'une très grande complexité», a-t-il souligné. Il a ajouté sans plus de précisions que les collisions de protons devraient commencer «d'ici quelques mois».
Le LHC est conçu pour propulser les protons à une vitesse proche de celle de la lumière. Les faisceaux sont guidés par des aimants supraconducteurs. Ceux-ci ont chauffé légèrement lors du premier tir de protons, conduisant les chercheurs à marquer un pause pour les refroidir avant de procéder au deuxième tir dans le sens opposé.
Les débuts réussis du LHC n'ont pas fait oublier la polémique sur les risques que, selon certains, l'accélérateur de particules ferait courir à la Terre. Des détracteurs affirment en effet que les collisions de protons pourraient créer des mini-trous noirs capables d'engloutir la Terre.
«C'est absurde», rétorque James Gillies, porte-parole du CERN, balayant ces objections d'un revers de main. Un avis sans doute partagé par le célèbre physicien britannique Stephen Hawking, qui juge l'expérience absolument sans danger. Selon M. Gillies, le pire qui pourrait arriver serait qu'un faisceau à pleine puissance échappe au contrôle des opérateurs, mais un tel incident causerait seulement des dommages au site, assure-t-il.
Le projet est orchestré par les 20 Etats européens du CERN, mais au total des chercheurs de 80 pays y participent. Un réseau mondial de 60.000 ordinateurs sera utilisé pour analyser le résultat des collisions de particules.
Des accélérateurs plus petits sont utilisés depuis des décennies pour étudier la composition de l'atome. Il y a moins d'un siècle, les physiciens pensaient que les protons et les neutrons étaient les plus petits éléments du noyau atomique, mais des expériences ont depuis montré qu'il y avait des éléments encore plus petits, les quarks et les gluons, ainsi que d'autres forces et d'autres particules.
Une vidéo du lancement depuis les bureaux du CERN
(ap)