GenèveConstruire sans entraves à Vernier, rêve de la droite
Des appartements par centaines sont prévus en face des Avanchets. Comment faire? Le Parlement se déchire.

Le Conseil dEtat veut densifier la Corbillette. Les propriétaires de villas sy opposent.
Zéro règle! Pas de prix contrôlé, pas de plan localisé de quartier, pas de densité imposée, pas de logements sociaux, rien! La droite a décidé d'attaquer sabre au clair le premier grand projet de déclassement de la législature. Aujourd'hui, des villas peuplent le périmètre des Corbillettes, à Vernier. Demain, le Canton veut y bâtir 1500 logements. Le Gouvernement imaginait les réaliser en zone de développement. Avec des règles, donc. L'Entente, l'UDC et le MCG ne l'entendent pas ainsi : les voilà qui réclament de la zone ordinaire, une rareté. «Nous avons la puissance de feu, résume le député et promoteur Ronald Zacharias. Faisons un essai! Tentons un peu plus de liberté et un peu moins d'Etat.»
Mi-mai, alors que le Grand Conseil était saisi de la loi de déclassement, le PLR Benoît Genecand, ex-membre du conseil d'administration de Vertical, société qui a réalisé la promotion de la Tulette, a réclamé un retour en commission. Il a été suivi. Mercredi, ladite commission s'est réunie. Et les fronts n'ont pas bougé. La droite ne veut pas, à cet endroit, de la zone de développement.
«Un geste terrifiant, du délire politique»
«C'est un geste terrifiant, du délire politique!, s'étrangle le socialiste Christian Dandrès, avocat à l'Asloca, association de défence des locataires. Le projet est au seul avantage des propriétaires et des promoteurs.» Il redoute que la classe moyenne soit exclue des lieux et que le plan directeur cantonal soit envoyé par le fond. «Berne a déjà averti: il sera accepté à l'unique condition que la zone villa soit densifiée.» Le Vert François Lefort développe. «Voici leur argument: sans règle, ça va plus vite. Mais c'est parce que moins de logements sont réalisés, et que les prix de vente et de location sont plus élevés.»
Logements sociaux: «Vernier a fait sa part»
Le PLR Benoît Genecand, à l'initiative du projet, ne cache pas vouloir éviter le rigide carcan du plan localisé de quartier et la tutelle de l'Office du logement. Il conteste, en revanche, l'envol des prix. «Evidemment, à Cologny, ils exploseraient. Mais on est à Vernier.» Le caractère moins prestigieux des lieux devrait les contenir, selon lui. Les propriétaires de villas, eux, pourraient mieux vendre, donc feraient moins de résistance. Quant aux logements sociaux, «il y en aura moins à cet endroit, mais ce n'est pas un problème, on en fera ailleurs. Vernier a fait sa part.»
«Barres à assistés» versus «barres à contribuables»
Ronald Zacharias est plus direct encore. «A Genève, on ne construit pas assez. Essayons donc la zone ordinaire. Il faut être franc: la mixité sociale, c'est un leurre. Le but, c'est de ne pas construire que des barres à assistés, mais aussi des barres à contribuables. Et s'il y a plus de logement, même si les promoteurs devaient s'en mettre plein les poches, ce qui ne sera pas le cas vu la localisation, le marché se détendra et les prix baisseront.»
"Un signal désastreux aux propriétaires"
Le périmètre des Corbillettes est situé entre le chemin du même nom et lav. Louis-Casaï, en face des Avanchets. Situé en zone villa, il comporte 144 parcelles privées. Le Conseil dEtat a décidé en 2011 de le déclasser en zone de développement pour le densifier. Les propriétaires de villas et Pic-Vert, lassociation menée par lUDC Christina Meissner qui les défend, sy opposent résolument. Le projet de la droite les brosse dans le sens du poil, puisquils pourraient céder leurs biens plus chers. «Cest totalement irresponsable, sénerve Christian Dandrès. Le signal donné aux propriétaires est désastreux: faites une guérilla, vous obtiendrez de la zone ordinaire.»