La conférence contre le racisme divise

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GenèveLa conférence contre le racisme divise

Les gouvernements font le forcing pour sauver la conférence de l'ONU contre le racisme (Durban II), qui s'ouvre lundi à Genève.

Des divergences demeurent et un consensus n'apparaît possible que sur le plus petit dénominateur commun.

Le document qui doit être adopté au terme de la conférence, le 24 avril, n'est pas encore finalisé. L'Union européenne (UE) notamment réserve sa participation tant que la question de la diffamation des religions, remise sur le tapis par l'Iran, et de la liberté d'expression ne sera pas résolue.

«Il est important que le nom de Genève ne soit pas associé à un échec», avait prévenu le 23 mars la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey. Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) précise que la conférence n'a pas lieu à Genève sur invitation de la Suisse, mais que Genève a été choisie parce qu'elle est le siège européen de l'ONU et du Conseil des droits de l'homme.

Lignes rouges

Comme la plupart des pays occidentaux, la Suisse a tracé plusieurs lignes rouges. Pour Berne, la conférence de Genève doit rester une conférence d'examen de la mise en oeuvre de la Déclaration et du Programme d'action de Durban adoptés en septembre 2001 en Afrique du Sud, et non une conférence de révision.

Elle ne doit donc pas proposer de nouvelles obligations. Elle ne doit pas non plus évoquer une situation géographique spécifique, à savoir le conflit israélo-palestinien. Largement traitée dans une première mouture de la déclaration finale, la question du Proche-Orient a été supprimée du projet négocié par le Russe Youri Boychenko.

Les Européens se sont opposés à toute disposition nouvelle sur les réparations en raison de l'esclavage, un sujet qui avait suscité beaucoup de remous à Durban. L'UE a également fait pression pour que la question des migrants soit édulcorée, selon l'argument que «cela n'a rien à voir avec le racisme».

Observatoire du racisme

La formule employée pour inciter les pays à lutter contre l'incitation à la haine raciale, sans que cela nuise à la liberté d'expression, reste à ce stade encore controversée. Les mécanismes de suivi ont aussi divisé les délégations.

Un comité ad hoc sur des normes complémentaires ne fait pas l'unanimité, de même que le mandat d'un nouvel Observatoire du racisme. Pour la Suisse, la création de cet Observatoire serait pourtant un «résultat concret» de la conférence.

La venue du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, confirmée par l'ONU, ne contribue pas à détendre l'atmosphère. Seulement trois autres chefs d'Etat se sont annoncés et moins d'une dizaine de ministres des affaires étrangères.

Forum des ONG

Les ONG veulent néanmoins marquer leur condamnation de toutes les formes de racisme, présentes dans tous les pays, en organisant un Forum parallèle ce week-end. Quelque 600 délégués d'organisations non gouvernementales (ONG) se sont enregistrés, contre dix mille à Durban en 2001.

Une cérémonie en souvenir de l'Holocauste, organisée par les communautés juives lundi soir sur la place des Nations, avec notamment Elie Wiesel, marquera en outre le premier jour de la conférence.

La Haut Commissaire aux droits de l'homme Navi Pillay, forte de son expérience de militante anti-apartheid et de juge au tribunal international sur le génocide au Rwanda, a multiplié les démarches afin de convaincre tous les Etats de participer.

Boycott de quelques pays

Elle n'y est jusqu'ici pas parvenue, puisque Israël, le Canada, les Etats-Unis, l'Italie ne sont pas revenus sur leur décision de boycotter la réunion. Les Etats-Unis ont noté des progrès, mais réaffirmé leur inquiétude.

L'administration de Barack Obama a été critiquée à la fois par les milieux pro-juifs, qui ont regretté sa prudence, empêchant un boycott plus large, et par les milieux anti-racistes, qui ont dénoncé le fait qu'un président noir ne s'engage pas pour donner un nouvel élan à la lutte contre le racisme. (ats)

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