Le prédateur sexuel se faisait passer pour Lucie

Actualisé

GenèveLe prédateur sexuel se faisait passer pour Lucie

Le procès d'un pédophile présumé s'est ouvert lundi à Genève. Il risque jusqu'à 10 ans de prison.

Maria Pineiro
par
Maria Pineiro
L'accusé a abusé de 26 jeunes hommes en l'espace de 4 ans.

L'accusé a abusé de 26 jeunes hommes en l'espace de 4 ans.

DR

«Vous vous rendez compte que c'était une activité frénétique?», a interrogé le juge. Face à la cour, Paul* 24 ans, ancien entraîneur de football, doit répondre d'actes d'ordre sexuel envers des enfants et de contrainte sexuelle (voir encadré). Ses 26 victimes en l'espace de 4 ans étaient âgées de 12 a 17 ans. Il a commencé par leur soutirer des photos de nu via un faux profil de femme sur les réseaux sociaux, «Lucie», puis leur a extorqué des faveurs sexuelles. «Je n'avais pas le choix, je ne pouvais pas faire autrement que de faire ce qui m'était demandé. Si des photos de moi nu avaient été publiées, je n'aurais pas pu continuer ma vie à Genève», s'est écrié un jeune homme.

Les victimes n'ont rien dit

Au tribunal, les victimes ont tenu à être entendues séparément car elles «ont honte» de ce qui est arrivé. A l'époque des faits, elles ne se sont confiées à personne, sauf à Paul, en qui elles avaient confiance. «Aujourd'hui, ils n'en parlent pas, même entre eux», confie une mère au tribunal. «Personne ne sait. Je ne l'ai dit à personne», confirme Victor*. Dans la bouche de certains, enfants comme parents, l'accusé était «comme un grand frère», il faisait «partie de la famille». Les actes commis ont brisé le lien de confiance: ils expliquent avoir eu du mal à se remettre de cette histoire. «Cela a brisé mon lien social».

Les adolescents se souviennent de sentiments de peur et d'angoisse. Certains ne dormaient plus, ne mangeaient plus et se sont renfermés sur eux-mêmes. Plusieurs ont connu de graves difficultés scolaires après les faits. Malgré tout, les victimes ont tenu à ce que l'audience puisse être retranscrite dans les médias, refusant le huis clos complet demandé par l'accusé. «Il faut montrer quels sont les pièges des réseaux sociaux aux autres jeunes», a expliqué leur conseil Lorella Bertani.

Contradictions

Devant la cour, Paul a affirmé avoir changé. A l'époque, il était un homosexuel refoulé, dit-il. «Pour moi, être gay, c'était une maladie.» Il se voyait comme une bonne personne: «Lucie était mon côté sombre.» Il explique assumer aujourd'hui son homosexualité et comprendre les raisons et la gravité de ses actes. Interrogé, il a pourtant du mal à expliquer ses contradictions, ses rôles simultanés de protecteur et de bourreau. Il a demandé à pouvoir présenter des excuses face à face au Tribunal. Peu de ses victimes ont accepté. «Quand on se dit attiré par les hommes, on ne s'adresse pas à de jeunes garçons», a soufflé une mère, avouant ne pas réussir à se reconstruire.

Mardi, les audiences se poursuivent avec le témoignage de l'expert ainsi que les plaidoiries des parties.

*Prénoms d'emprunts

Entre 2009 et 2013, Paul a abusé à des degrés divers de 26 jeunes garçons de 12 à 17 ans. Pour arriver à ses fins, il avait créé un profil de femme aguicheuse sur les réseaux sociaux, «Lucie». Prenant contact avec ses victimes, il montrait des photos nues de son appât et demandait des clichés et des vidéos des garçons en retour. Une fois le processus enclenché, «Lucie» demandait aux victimes de s'adonner à des actes d'ordre sexuel avec Paul, qui se disait aussi victime, usant des précédents clichés pour opérer un chantage.

Ton opinion