De l'argent public pour aider la presse en crise?

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GenèveDe l'argent public pour aider la presse en crise?

Le PS plaide pour un financement partiel et sous conditions des médias écrits, via un fond alimenté par le Canton.

David Ramseyer
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David Ramseyer

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Licenciements en cascade, fusions ou disparitions de titres, pertes économiques continues: depuis des années, la situation de la presse ne fait qu'empirer. Un vrai danger pour la démocratie, estime le Parti socialiste genevois: «Une information locale, indépendante et diversifiée est nécessaire à la libre formation de l'opinion publique». Dans un projet de loi déposé ce lundi, le PS propose donc de soutenir ce secteur en crise via la création d'une Fondation d'aide aux médias écrits.

Aide sous conditions

Cette dernière serait dotée d'un capital de base de 10 millions de francs, octroyé par le Canton, pour aider à produire du contenu original mais aussi à créer de nouveaux journaux. Le tout avec des garde-fous, prévient le parti de l'Alternative. Seuls les titres sans but lucratif seraient concernés, soit ceux qui ne versent pas de dividendes à des actionnaires. Cela exclurait par exemple les publications du groupe Tamedia, éditeur notamment du «20minutes» ou de la «Tribune de Genève».

Auteur du projet, la députée Caroline Marti précise que «les aides iraient à des titres locaux, indépendants de tous partis ou associations, au contenu généraliste et dont la publicité ne constituerait pas une part prépondérante des revenus». Selon le PS, ces financements ne pourront couvrir intégralement le budget et les investissements des journaux concernés.

Enfin, le conseil de cette Fondation de droit privé d'utilité publique comporterait des «spécialistes des médias», nommés à part équitable par le Conseil d'Etat, les associations de journalistes et des citoyens intéressés. L'institution serait aussi chargée de rechercher des fonds complémentaires auprès d'acteurs privés, notamment des mécènes, car elle ne pourrait à priori pas compter sur des subventions régulières. Quoique: «S'il faut cela pour assurer une presse de qualité et diversifiée, pourquoi pas?», lâche la présidente du PS, Carole-Anne Kast.

Réactions mitigées

La survie de la presse régionale semble préoccuper tous les partis et une aide à ce secteur n'est visiblement plus un tabou. Mais la recette divise. «Je n'ai pas d'avis tranché sur la question, confirme Cyril Aellen, chef du groupe PLR au Grand Conseil. Le libéral que je suis considère que les médias sont un contre-pouvoir à l'Etat. Il faut donc veiller à leur indépendance.» Le projet socialiste ne séduit pas l'élu UDC Thomas Bläsi: «Il a le mérite de susciter le débat sur l'avenir de la presse, mais peut-il créer ou préserver des emplois? Je crains qu'il ne provoque qu'un arrosage inefficace».

Pour son collègue des Verts Mathias Buschbeck, attention «aux liaisons dangereuses entre médias et politique. Cela dit, le projet socialiste est à étudier». Enfin, le MCG François Baertschi, qui insiste aussi sur l'indépendance des médias, juge qu'il s'agit d'une «fausse bonne idée. Je suis pour des aides indirectes, tels qu'un rabais sur les frais postaux ou encore la publication payante des offres d'emploi et des avis officiels de l'Etat dans tous les journaux.»

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