GenèveVote des étrangers: un élu UDC tord le cou à son parti
Le conseiller municipal agrarien Eric Bertinat veut motiver les étrangers à exercer leur droit de vote au niveau communal. Une idée qui surprend sa formation.
«Pour une Ville pionnière en matière d'encouragement à l'intégration des étrangers». Cette motion déposée ce mois-ci au Conseil municipal n'est pas issue des bancs de gauche, mais de l'UDC. Si son parti s'est toujours opposé avec force à octroyer le droit de vote communal aux étrangers, le chef de file des agrariens en Ville de Genève veut que sa commune mette tout en œuvre pour augmenter leur participation aux scrutins.
Campagne d'affichage, brochures explicatives voire même une votation fictive, «non pas pour dévaloriser les étrangers, mais pour les encourager à donner leur voix». Et Eric Bertinat jure que sa démarche n'est pas électorale. «Une bonne partie de ces gens n'ouvrent pas leur enveloppe de vote, par ignorance de leur droit, ou parce qu'ils n'ont pas notre culture politique, dit ce leader de l'UDC genevoise. Maintenant qu'ils sont de facto intégrés, c'est dans notre intérêt de les assimiler.»
Ah, ces Genevois
«Cette motion est étrange», réagit le conseiller national UDC Luzi Stamm (AG). «Le secrétariat central aurait dû être mis au courant», commente celui qui juge inimaginable que des non-Suisses se rendent aux urnes dans sa commune de Baden. Pour autant, conscient de la réalité genevoise, Luzi Stamm ne trouve pas illogique l'initiative de son collègue de parti (lire encadré).
Rappelant que sa formation reste hostile à une immigration excessive, «parce qu'on ne peut précisément pas intégrer autant de monde», Yves Nidegger (UDC/GE) admet lui que l'idée est électoraliste: «S'ils peuvent voter, autant qu'ils votent pour nous.» Le conseiller national ne manque cependant pas de noter que, vu de Zurich, cet encouragement apparaîtra sans doute comme une énième Genferei.
Etrangers friands de blocherisme
A l'UDC, les pontes n'ignorent pas que leurs idées, notamment contre la libre-circulation des personnes, peuvent plaire à certains étrangers. «Beaucoup d'Italiens ou de Serbes nous soutiennent», observe Luzi Stamm.
A Genève, où les ressortissants étrangers ayant le droit de vote (soit après huit ans minimum de résidence dans le pays) représentent un quart de l'électorat, deux visions s'opposent, l'une réaliste, l'autre historique. «N'ayons pas peur d'attirer les étrangers, clame d'un côté Eric Bertinat. Faisons les participer au débat là ou ils le peuvent». «Notre parti est opposé au vote des citoyens non-suisses», affirme de l'autre Yves Nidegger. Selon ce dernier, la citoyenneté helvétique ne peut en effet pas se saucissonner, entre droit de vote au niveau local et impossibilité de prendre part à un scrutin aux niveaux cantonal et fédéral.