Breivik ne veut pas passer pour un fou

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Procès Breivik: 6e jourBreivik ne veut pas passer pour un fou

L'auteur avoué des attaques qui ont causé la mort de 77 personnes l'été dernier en Norvège a estimé lundi que toutes les questions sur sa santé mentale visaient à discréditer son idéologie extrémiste.

A l'occasion de son procès, entré dans sa deuxième semaine, l'accusé a affirmé qu'il n'aurait jamais fait l'objet d'une seule expertise psychiatrique s'il avait été un «djihadiste barbu». «Mais parce que je suis un militant nationaliste, je suis soumis à un grave racisme. Ils essaient de délégitimer tout ce que je défends».

S'il reconnaît être l'auteur de l'attentat d'Oslo et la tuerie d'Utoya qui a suivi le 22 juillet dernier, Anders Breivik a plaidé non coupable et soutient avoir agi en état de légitime défense pour mettre fin au «multiculturalisme» du gouvernement travailliste norvégien et stopper une prétendue invasion musulmane en Europe. Il encourt 21 ans de prison ou la détention jusqu'à ce qu'il ne représente plus de danger pour la société. Sa défense elle-même reconnaît qu'il est impossible de l'acquitter.

La question est donc de savoir s'il doit être jugé pénalement responsable de ces actes. Dans le cas contraire, il pourrait être interné en service psychiatrique. Deux expertises ont abouti à des résultats contradictoires mais lui se dit sain d'esprit. Dans un communiqué adressé à la cour, le Conseil norvégien de médecine légale a demandé de plus amples informations aux deux psychiatres qui ont jugé qu'il n'était pas fou, soulignant que leur rapport était incomplet.

La cour analyse son manifeste

«Je sais que je risque de finir dans un asile psychiatrique, et je veux faire tout ce que je peux pour éviter ça», a déclaré l'accusé, âgé de 33 ans, lundi à la cour.

Anders Breivik s'est en revanche montré sur la défensive lorsque l'accusation l'a interrogé sur son manifeste de 1.500 pages, mis en ligne avant les attaques. Il décrit les uniformes, médailles et codes de conduite des «Chevaliers du Temple», une organisation à laquelle il affirme appartenir mais dont l'accusation conteste l'existence.

Dans un passage, lu par le procureur Svein Holden, Breivik souligne que dans une future société, la loyauté des chevaliers potentiels pourrait être mise à l'épreuve en leur demandant de subir une amputation et une castration chirurgicale. L'accusé a déploré des «coups bas», estimant que l'extrait avait été retiré de son contexte.

«Utoya est un camp d'endoctrinement politique»

Comme les jours précédents depuis l'ouverture de son procès il y a une semaine, l'extrémiste n'a exprimé aucun remords. Qualifiant la tuerie d'Utoya de «nécessaire», il a comparé la douleur causée aux familles de ses victimes à sa propre situation, lui-même ayant été rejeté par ses proches. «La seule différence, c'est que dans mon cas c'était un choix», a-t-il lancé.

Anders Breivik a par ailleurs présenté ses excuses à la famille d'un propriétaire de pub, tué avec sept autres personnes dans l'attentat contre le siège du gouvernement à Oslo. Il a précisé qu'il n'était pas dans son intention de tuer «des civils».

A la question de savoir s'il souhaitait présenter les mêmes excuses aux familles des autres victimes, notamment les 69 personnes mortes sur l'île d'Utoya, lors d'un rassemblement de jeunes militants travaillistes, il a répondu «non». «Utoya est un camp d'endoctrinement politique» et les personnes favorables au multiculturalisme sont «des monstres, des monstres diaboliques qui veulent éradiquer notre peuple, notre groupe ethnique, notre culture et notre pays», a-t-il dit.

«Il tue des êtres humains comme je tue des moustiques»

C'était «horrible» d'écouter ces excuses, a déclaré Jon Hestnes, à la tête d'un groupe de soutien aux familles de victimes et aux rescapés. «C'est une insulte pour les 76 autres personnes qui ont été tuées à cause de cet homme», a-t-il renchéri. «Il n'est pas dans notre monde. Il ne l'est pas, et il n'a pas d'humanité du tout. Il tue des êtres humains comme je tue des moustiques l'été».

S'exprimant de façon calme, Anders Breivik a raconté qu'il avait utilisé un pistolet quand ses victimes étaient à moins de dix mètres. Dans le cas contraire, il prenait son fusil. Pourquoi a-t-il épargné un homme sur l'île? Parce qu'il avait l'air de droite, a répondu l'accusé. «Lorsque je l'ai regardé, je me suis reconnu», a-t-il ajouté. «Je pense que c'est la raison pour laquelle je n'ai pas tiré sur lui». AP

Contre-expertise psychiatrique: complément d'information demandé

La commission médico-légale norvégienne a demandé lundi un complément d'informations au sujet de la contre-expertise psychiatrique d'Anders Behring Breivik qui a conclu que l'auteur des attaques qui ont fait 77 morts l'an dernier en Norvège était sain d'esprit.

Censée examiner la validité des évaluations psychiatriques officielles des personnes traduites en justice, la commission a relevé des faiblesses dans l'expertise réalisée par les psychiatres Terje Toerrissen et Agnar Aspaas, a annoncé le tribunal d'Oslo.

Leur rapport, dont les résultats ont été publiés le 10 avril, avait semé le doute sur la santé mentale de l'extrémiste de droite en concluant qu'il était pénalement responsable contrairement aux conclusions d'un premier rapport officiel qui l'avait déclaré psychotique l'an dernier.

Les deux experts-psychiatres se sont engagés à fournir les informations complémentaires demandées «dans le courant de la semaine».

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