Luxembourg«Une scène devant mon sexe et devant mes yeux»
La jeune artiste Déborah de Robertis, qui a fait le buzz en montrant son sexe devant le tableau «L'origine du monde», s'est confiée à «20 minutes».

Deborah de Robertis lors de sa performance devant le tableau «L'Origine du monde», au musée d'Orsay, à Paris.
«Une dévergondée qui veut se faire remarquer», «une 'artiste' qui ferait bien de consulter un psy», «racolage actif»... La performance de Déborah de Robertis a fait beaucoup réagir sur les réseaux sociaux. Cette jeune artiste luxembourgeoise a suscité l'émoi en exposant son sexe nu devant «L'origine du monde» au musée d'Orsay, à Paris. «L'exhibitionnisme est un geste impulsif, ce n'est pas un acte de création. Ce geste au musée s'inscrit dans une démarche que je mène depuis au moins dix ans», se défend Déborah de Robertis, contactée par «20 minutes».
L'artiste a en effet longuement mûri cette performance artistique qui n'est pas son coup d'essai. Pour questionner le rapport dominant/dominé (femme et homme, artiste et galerie, prostituée et client, etc) elle pose régulièrement jambes écartées devant des galeries d'art contemporain, des musées, ou des lieux publics du monde politique. Elle s'est ainsi prise en photo devant le Casino forum d'art contemporain ou devant le Mudam. Cette série de photos, intitulée «Mémoire de l'Origine», résulte de sa résidence d'artistes effectuée à la Cité internationale des arts de Paris fin 2013. Dans ces clichés, elle incarne selon elle «le regard absent du tableau de 'L'origine du monde'».
Pourquoi avoir appelé ça le «Miroir de l'origine»?
Sa démarche, certains l'ont d'ailleurs comprise. «Si vous écartez un peu les poils vous verrez un parti pris artistique», tonne une internaute. Une autre explique avoir «rarement vu une femme écarter les jambes avec autant de dignité». Pour elle «il y a un réel message sans parole dont résulte un bel impact». Un impact voulu par Déborah de Robertis. Pour elle, la performance «Miroir de l'origine» ne se résume pas à son geste mais «dans la puissance de ce qu'il met en mouvement».
La jeune femme semble encore toute émue d'avoir prêté son visage, et son sexe, au célèbre tableau de Courbet. «Je suis devenue spectatrice d'une scène qui se déroulait devant mon sexe mais surtout devant mes yeux». «L'ensemble des gens, des spectateurs aux policiers, en passant par les médias, tous sont le miroir de l'origine et font parti de l'œuvre qui est encore en train d'œuvrer au moment où je vous parle», explique-t-elle. «Tous sont devenus acteurs de la scène, se sont mis en mouvement autour de moi. C'était comme un ballet».
«Mon travail parle de l'œil du sexe, du regard caché dans le tableau de Courbet, du point de vue secret de celle que tout le monde regarde dans le sexe», explique la jeune femme. Est-ce de l'art? De l'exhibitionnisme gratuit? Une provocation facile? Chacun son avis. Mais même si la jeune femme avoue «ne pas chercher les réactions», elle ne cache pas que «ça lui donne une voix».
(Fatima Rougi/20 minutes)

Un tableau trop osé qui a vécu caché
Même si «L'Origine du monde», de Gustave Courbet, date de 1866, presque personne ne l'a vu pendant près d'un siècle. Et le public ne l'a vu exposé qu'en 1988, à New York. Pour la petite histoire, son premier propriétaire l'a caché dans sa salle de bain derrière un épais rideau à l'abri des regards. Le tableau a ensuite disparu quelques décennies et a été retrouvé habilement caché derrière un autre tableau du peintre. Son dernier propriétaire, le psychanalyste Jacques Lacan, fera la même chose pour ne pas choquer la femme de ménage.
Arrêtée par la police
Après sa performance, Déborah de Robertis a été arrêtée par la police et après quelques heures de garde à vue elle s'en est tirée avec un simple rappel à la loi. «Je n'ai pas été arrêtée pendant toute la durée de ma pose. Une fois que les gardiens du musée avaient évacué la salle et bouché la vue, je me suis levée et là les policiers sont arrivés», raconte la jeune artiste.