L'armée est entrée dans Mingora

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PakistanL'armée est entrée dans Mingora

L'armée pakistanaise a annoncé samedi que ses troupes étaient entrées dans Mingora, «capitale» de la vallée de Swat, et que des combats de rues étaient en cours avec les talibans.

La prise de Mingora aux talibans est un des principaux objectifs de l'offensive d'Islamabad destinée à reprendre la vallée aux talibans.

Selon le porte-parole militaire le général Athat Abbas, au moins 17 talibans ont été tués dans l'offensive ces dernières 24 heures.

Les combats au Pakistan se concentrent désormais dans la vallée de Swat. Mais le territoire voisin, le district de Buner, a été le théâtre de violents affrontements il y a quelques semaines à peine, et civils comme policiers hésitent à se hasarder dans certains secteurs, car les talibans n'en ont pas été véritablement chassés.

Située dans les explosives régions tribales qui bordent la frontière afghane, Buner n'est qu'à 100km d'Islamabad, la capitale du Pakistan.

Les talibans venus de la vallée de Swat y ont effectué une percée le mois dernier, provoquant l'effondrement de l'accord passé avec le gouvernement, qui avait payé de la charia le prix de la paix.

La prise du district de Buner par les talibans a été un choc pour tous, Pakistanais et Américains, qui ont vu tout à coup ces combattants islamistes les plus extrémistes quasiment aux portes d'Islamabad.

Les responsables américains s'inquiètent de l'éventualité d'un Pakistan nucléaire qui tomberait aux mains des extrémistes. Et l'armée pakistanaise a du coup lancé l'une des plus importantes offensives à ce jour contre les militants intégristes. Des combats qui depuis qu'ils ont gagné la vallée de Swat ont jeté plus de 1,5 million de personnes sur les routes.

En Afghanistan voisin, dont le sort est étroitement lié à celui du Pakistan, le général américain Jeffrey Schloesser, qui commande les forces des provinces de l'est, frontalières, a pour sa part noté un mouvement de talibans de ce pays vers le Pakistan ces derniers temps. Sans pouvoir le quantifier, il estime qu'il peut s'agir d'aller aider les combattants, dans les secteurs de Bajur, Buner, Dir, «probablement même Swat».

Si les gradés d'Islamabad affirment aujourd'hui avoir repris le contrôle et chassé les talibans de Buner, un déplacement vendredi sur le terrain en apporte peu de preuves, comme à Dagar, localité officiellement «libérée».

Shams-ur Rahman, policier, reste prudemment à distance, dans les ruines du village d'Ambela Chowk, à 20km de Dagar. «Vous pouvez y aller, mais la sécurité n'est pas suffisamment bonne pour que nous y allions», explique-t-il à l'équipe d'Associated Press.

Dans les montagnes de Kandow, l'armée est présente en masse au col dominant Dagar. «Mais Dagar reste un problème. Il y a encore des combattants, dans les montagnes», ajoute le policier.

A Pir Baba, à 12km de Dagar, un autre policier, Sawar Khan, affirme que les talibans avancent sur le village, tout comme à deux kilomètres de là, à Sultan Waft, secteur que l'armée disait «nettoyé».

Cette région montagneuse, où des sommets vertigineux séparent des vallées reliées entre elles par des routes perchées et dangereuses, rend la tâche difficile pour les militaires. En début de semaine, des renforts en hommes et en matériel sont arrivés à Buner.

Et les civils revenus à Dagar l'ont fait à reculons, la plupart laissant leurs familles à l'abri ailleurs. «Nous avons été détruits par les talibans», soupire Ayub Khan dans sa barbe blanche, de retour d'un camp de réfugiés où les siens sont encore.

La Croix-Rouge internationale a mis le pied vendredi pour la première fois dans le secteur depuis le début des combats, évacuant deux blessés de Dagar et amenant 1.200 litres de fioul pour les générateurs du petit hôpital de la localité, selon le porte-parole du CICR Sebastian Brack.

Mais sur la route étroite menant à Dagar, c'est la foule. On longe des carcasses de véhicules calcinés: voiture individuelle, pick-up, camions... Les civils cherchant à fuir les combats se sont retrouvés pris entre deux feux.

A Ambela Chowk, le 30 avril, un kamikaze est sorti d'une ambulance et s'est fait exploser, tuant quatre soldats et déclenchant un incendie dans une station-essence. Les hélicoptères d'attaque ont riposté, causant encore plus de dégâts dans le village, raconte Saeed, le pompiste. Puis les soldats sont arrivés, l'ont emmené. Huit jours d'interrogatoire, pour savoir ce qu'il faisait dans le village, et s'il avait quelque chose à voir avec l'attentat. L'homme montre ses blessures aux jambes, dues selon lui à l'explosion.

Sur la route, il faut slalomer pour éviter les trous creusés par les explosions d'obus. Au barrage à mi-chemin entre Ambela et Dagar, les soldats fouillent les voitures à la recherche d'éventuels talibans, provoquant un embouteillage.

La circulation, ce sont les gens qui fuyent les combats de la vallée de Swat, entassés à bord de dizaines de véhicules, des camions aux couleurs vives, de vieilles camionnettes, des voitures à moitié en ruines. Bon nombre ont déployé des drapeaux blancs, dans l'espoir d'être protégés...

Les civils profitaient vendredi de la levée du couvre-feu pour fuir Swat. Certains disent avoir été bloqués par les combats pendant des jours. Buner aussi reste sous couvre-feu nocturne, et ils devaient être arrivés à destination avant 18h.

Dans l'autre sens, il n'y a que des hommes, en route pour tenter de récolter leur blé avant que la récolte ne pourrisse. (ap)

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