MontheyUn Valaisan part en guerre contre Tintin
Un Montheysan a déposé plainte contre «Tintin au Congo» auprès du juge d'instruction du Bas-Valais, à Saint-Maurice. Selon lui, cette bande dessinée est raciste. Il espère que son acte suscitera des vocations.
Il en a assez, assez du racisme qui transparaît dans «Tintin au Congo». Ce Valaisan de 33 ans a donc décidé de frapper fort et de profiter de la polémique autour de l'ouvrage pour faire entendre sa voix. Il a envoyé jeudi une lettre auprès du juge d'instruction du Bas-Valais, à Saint-Maurice. Son objectif est de faire retirer tous les exemplaires de l'ouvrage en Suisse, qu'ils soient en vente ou dans les bibliothèques. Et d'expliquer: «Ce livre est discriminatoire et choquant pour les personnes de couleur.»
L'œuvre d'Hergé, il la connaît pourtant depuis sa jeunesse. «Déjà à l'époque, il y avait des choses qui me dérangeaient dans cette œuvre», raconte cet habitant de Monthey. Mais il avoue ne pas avoir pensé à cette plainte avant de découvrir d'autres cas à l'étranger. «Je me suis alors dit: «pourquoi ce ne serait pas un blanc qui porterait plainte, ou un Chinois ou un arabe, et pas seulement un noir, comme en Belgique ou aux Etats-Unis?»
Un effet boule de neige
Alors, choquant, Tintin? «Chaque fois que je tourne une page, je trouve des marques de non-respect de la personne de couleur. Il y a tout d'abord les dessins… Les noirs sont tous dessinés avec de grosses lèvres… Ce n'est pas proche de la réalité… En plus, Hergé les fait parler avec un vocabulaire très simple. Même le singe parle normalement! C'est vraiment dégradant!»
Quant à une caricature faite par le dessinateur belge, le Montheysan n'y croit pas. «Un adulte pourrait encore le percevoir, mais est-ce qu'un enfant peut faire cette distinction? Comme moi quand j'ai découvert, petit, ce livre? Hergé a aussi dessiné des Chinois ou des Péruviens… Mais des caricatures à ce point? C'est trop! Il a mis le paquet!»
Dans son existence, ce père de deux enfants métis et d'un beau-fils antillais, lui-même né de mère valaisanne et de père tunisien, sait ce qu'est le racisme. «Avec mes origines maghrébines, je n'y échappe pas. J'ai pris le nom de ma mère pour éviter les problèmes. Mais, dans les boutiques, il arrive qu'on me surveille pour voir si je n'ai pas des collègues planqués pour voler pendant que je fais diversion! On m'a même traité de «bougnoul» et de «sale arabe».
Par son acte, il espère susciter des vocations. «Mon but est de provoquer un effet boule de neige pour que d'autres se mobilisent et agissent.» Mais n'est-ce pas anecdotique que son acte? «Aucunement. Cet ouvrage est destiné aux enfants. Le racisme est un mauvais pli que l'on prend dès l'enfance. Il faut donc prendre le mal par la racine.»