Eglise catholiqueCharles Morerod succède à Mgr Genoud
Plus de 13 mois après le décès de Mgr Bernard Genoud, le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg a un nouvel évêque. Le pape a choisit le dominicain Charles Morerod.
Agé de 50 ans, théologien de haut niveau, ce Gruérien a enseigné à Rome ces 15 dernières années. D'entrée de jeu, le nouvel évêque a révélé une de ses facettes lors de la conférence de presse annonçant jeudi à Fribourg sa nomination par le pape Benoît XVI: avant de prendre la parole, il a circulé en toute simplicité dans les rangs des nombreux journalistes pour les saluer et leur serrer la main, faisant même la bise à une connaissance.
Autre preuve d'un style simple et direct: «En toute franchise, j'espérais bien que ce ne serait pas moi». Mais lorsque la question lui a été posée à Rome, il a dit qu'il y avait répondu il y a déjà bien longtemps en décidant de consacrer sa vie au Christ et à l'Eglise.
Il y a des raisons d'être effrayé de recevoir une telle charge sur les épaules, a-t-il reconnu. «Mais en fait je ne le suis pas; j'y vois même des raisons d'être joyeux», a-t-il dit. Le fait de n'avoir que pas, ou peu, d'expérience pastorale ne le trouble pas outre mesure. Mgr Morerod a été diacre et vicaire à Genève pendant deux ans, ainsi qu'aumônier à l'Université de Fribourg de 1991 à 1994.
Selon lui, un évêque n'est pas seul. Il a une équipe. Il n'a pas encore idée de ce qu'il va entreprendre: dans un premier temps, il va découvrir, écouter et «après on verra, petit à petit».
Obéissant dans la joie
Le nouvel évêque a précisé que jamais avant le 18 octobre, date à laquelle il a été informé de la décision du pape, la question d'une nomination n'a été à l'ordre du jour pour lui, si ce n'est que ça l'a familiarisé avec la pression médiatique.
Il a reconnu que le maître de son ordre était opposé à son départ. Mais le véritable maître d'un ordre religieux est le pape. «Lorsque j'ai accepté, il a aussi accepté».
Va-t-il regretter de quitter l'enseignement? La réponse fuse: «Oui, mais j'imagine qu'il y a d'autres manières d'enseigner». Ce n'est pas la première fois que le nouvel évêque se montre obéissant envers le pape. Lorsque ce dernier l'a nommé en 2009 recteur de la prestigieuse université pontificale St-Thomas-d'Aquin, il «essayé de résister», mais s'est incliné.
Le célibat, motif d'hésitation
Pour ce qui est du célibat des prêtres, il reconnaît que cette question n'est pas facile et qu'elle l'avait fait hésiter. Mais, dit- il, «prenons les choses comme elles sont et soyons heureux de les vivre».
Un de ses principaux défits est de montrer que c'est une joie d'être croyant. A son avis, il y a une très grande ignorance en matière de foi. Le nouvel évêque, titulaire depuis pas mal de temps d'un compte facebook, est favorable au développement d'un site internet interactif sur la foi.
L'attente d'un nouvel évêque aura été longue. «Mais c'est toujours la bonne décision qui a été prise», a dit l'administrateur du diocèse Mgr Pierre Farine. Ce dernier ne voit donc pas de raison de changer quoique ce soit. Selon le nouvel évêque, les gens imaginent le Vatican comme une immense machine, mais en fait il manque de personnel, ce qui ralentit un peu les choses.
Une carrière fulgurante
Né à Riaz, en Gruyère, le 28 octobre 1961, il est ordonné prêtre à Genève en 1988, après avoir fait des études de théologie à Fribourg. Il approfondit son savoir par deux doctorats, l'un en théologie à Fribourg en 1996, l'autre en philosophie à Toulouse, en 2004. Il commence sa carrière professorale à Fribourg. Il la poursuit à Rome, où il réside depuis plus de dix ans.
Depuis deux ans, il est recteur de l'Université pontificale Saint- Thomas-d'Aquin, également appelée l'Angelicum, ainsi que secrétaire de la commission théologique internationale au Vatican. Le pape Benoît XVI lui a confié un rôle clé dans le dialogue avec les intégristes d'Ecône.
Un homme influent
C'est donc un homme influent au Vatican qui va prendre les rênes d'un grand diocèse, réunissant quatre cantons (Vaud-Genève-Fribourg- Neuchâtel), lourd et complexe à gérer, que d'aucuns qualifient de «monstre de diversité». Le diocèse compte 690'000 catholiques, 300 prêtres et 400 laïcs permanents.
C'est aussi un diocèse stratégique pour l'Eglise du fait de la présence de la faculté de théologie à Fribourg. A noter que l'Université de Fribourg est également dirigée par un père dominicain, le recteur Guido Vergauwen.