Suisse - drogueRomandie à la traîne pour les locaux d'injections
Bien que la loi favorise la création de locaux d'injections pour les toxicomanes, les cantons romands peinent à s'y mettre.
Introduits pour la première fois à Berne en 1986, les locaux d'injection de drogue, illustration de la politique dite des quatre piliers, peinent à se développer en Suisse romande et dans la campagne. Et cela malgré le succès de la méthode et l'adoption d'une loi en ce sens il y a un lustre à plus de deux contre un.
Cinq ans exactement après le oui à la révision de la loi sur les stupéfiants, la coalition en sa faveur, dont le Groupement romand d'études des addictions (GREA) et ses homologues alémanique et tessinoise ont tiré un bilan en conviant les médias au «Fixerstübli» bernois, le local d'injection de la capitale fédérale. «Une histoire à succès», a résumé Toni Berthel, médecin membre de la Société Suisse de Médecine de l'Addiction (SSAM).
La politique des quatre piliers (prévention, répression, traitement et réduction des risques) a fait ses preuves et ses effets positifs sont mesurables, a-t-il ajouté. Le nombre de décès de toxicomanes ainsi que la criminalité liée à la drogue ont fortement diminué.
Directeur de la Fondation Contact Netz, qui gère le «Fixerstübli» bernois, Jakob Huber a en outre relevé l'amélioration des rapports entre les travailleurs sociaux en charge des toxicomanes et la police. Alors qu'ils se regardaient plutôt en chiens en de faïence à l'époque, c'est le respect qui prédomine aujourd'hui.
Budgets réduits
Il y a cependant un revers à la médaille. La misère qui s'étalait publiquement au temps des scènes ouvertes est désormais moins visible. On ressent aussi moins les effets négatifs de la consommation de drogues, jusqu'à parfois les oublier, précise M. Berthel.
Conséquence: les associations engagées dans la prévention et le soutien aux toxicomanes voient leurs budgets réduits. Or le problème de la drogue est complexe et cette réduction des moyens a d'importantes conséquences au niveau de la sécurité sur la voie publique ou de l'intégration sociale des personnes en situation de dépendance.
Succès moins visibles
Secrétaire général du GREA, Jean-Félix Savary tient à relativiser. La baisse des budgets n'est pas due à la seule réduction de la visibilité du problème. La lutte contre la toxicomanie n'est pas la seule à souffrir des diminutions généralisées des budgets.
Et M. Savary de constater que si l'intérêt du public pour les toxicomanes est moindre, la population se focalise en revanche davantage sur le deal. En matière de drogue particulièrement, les succès sont moins visibles que les échecs, poursuit M. Savary. Ainsi tout le monde s'émeut d'une overdose mortelle, mais un décès évité est, par définition, invisible.
Seule Genève
Malgré les succès évoqués, la Suisse romande et la campagne rechignent toujours à ouvrir des locaux d'injection ou à distribuer sous contrôle de l'héroïne. Seule Genève a fait le pas, la quinzaine de ces locaux en Suisse étant tous alémaniques, sous réserve de celui de Bienne la bilingue.
A Lausanne, la population a refusé une telle infrastructure en 2007. L'année suivante, les Vaudois étaient les Suisses à soutenir avec le plus de distance, à 56%, la révision de la loi sur les stupéfiants.
Même si les toxicomanes se concentrent avant tout dans les grandes villes, où la drogue est aussi plus accessible, leur donner un accès aux locaux d'injection et à la distribution contrôlée d'héroïne dans l'ensemble de la Suisse représente un des objectifs majeurs des organisations qui s'occupent des personnes dépendantes. (ats)
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