Débâcle aéronautiqueLe grounding de Swissair a bientôt dix ans
Le 2 octobre 2001, la Suisse faisait face au grounding de Swissair. Le pays a été traumatisé.
Il y a bientôt dix ans, le 2 octobre 2001, la flotte de Swissair était immobilisée, marquant le dernier acte de la débâcle de la compagnie aérienne nationale à court de liquidités. Si ce «grounding» a représenté un véritable traumatisme, le temps semble désormais avoir fait son oeuvre.
Depuis la paralysie du trafic aérien aux et vers les Etats-Unis consécutive aux attentats du 11 septembre 2001, les rumeurs de faillite de Swissair ne cessent d'enfler. Le soir du 29 septembre, son patron depuis mars, Mario Corti, tire la sonnette d'alarme: au bord du gouffre, avec une dette dépassant les 15 milliards de francs, Swissair n'est pas en mesure de garantir les salaires d'octobre.
Alors que le week-end voit les réunions de crise se succéder, l'ex-conseiller national Ulrich Bremi (PRD/ZH), président du groupe de travail chargé de chercher des solutions en vue d'une recapitalisation, émet des doutes sur les chances d'un sauvetage. Les besoins en liquidités se chiffrent entre 2 et 3 milliards de francs, selon M. Corti
Le même jour, Credit Suisse et UBS entrent en scène et proposent l'octroi d'un crédit relais de près de 1 milliard de francs destiné aux seules activités aériennes. Une réunion entre les conseillers fédéraux Kaspar Villiger et Moritz Leuenberger, les milieux économiques ainsi que les directions de Swissair, Crossair et des deux grandes banques, s'achève dimanche soir sans résultat apparent.
Nouvelle Crossair
Le lendemain, le lundi, le titre Swissair est suspendu de cotation à la Bourse suisse et le spectre de la faillite refait surface. Après la séance extraordinaire du Conseil fédéral le couperet tombe finalement en soirée: Crossair, reprise à près de 70% par UBS et Credit Suisse, va poursuivre les activités de Swissair. Quelque 2500 emplois vont passer à la trappe.
Le conseil d'administration de Swissair, qui ne compte depuis le 16 mars plus que l'administrateur-délégué Mario Corti, accepte l'offre des banques. Le sursis concordataire est demandé pour SAirGroup, la holding chapeautant toutes les activités du groupe, SAirLines, l'unité regroupant les participations dans les compagnies aériennes, et Flightlease.
Le mardi 2 octobre débute dans l'incertitude la plus complète quant à la situation de Swissair. La compagnie navigue à vue et doit négocier au jour le jour avec ses fournisseurs. La confiance semble rompue.
Deux appareils ne peuvent quitter Londres, Swissair n'ayant pas payé les droits d'atterrissage. Pour éviter une éventuelle saisie de ses appareils en Belgique, le groupe n'ayant pas honoré le versement de 200 millions à Sabena, dont il détient 49%, la compagnie supprime trois vols vers la Belgique.
Controverse
Si les long-courriers ont pu quitter le tarmac zurichois, les retards s'accumulent et le chaos s'installe à l'aéroport de Kloten. Vers midi, les passagers sont informés que Swissair n'obtient plus de kérosène et à 16h15, tous les vols sont suspendus pour une durée indéterminée. Swissair attend toujours un versement de sa banque principale.
Les avions stationnés à l'étranger sont rapatriés et plus aucune compagnie n'échange les billets Swissair. Mercredi, 400 vols sont annulés dans le monde et les 76 appareils de la compagnie restent au sol, laissant en rade plus de 38'000 passagers.
Ce versement suscitera d'ailleurs de vifs débats entre Mario Corti et les banques, principalement l'UBS. Et le procès pénal des 19 anciens responsables du groupe, dont son patron, ne permettra pas de faire la lumière sur cet épisode.
Un peu moins de six ans après le grounding, le 7 juin 2007 devant le Tribunal de district de Bülach (ZH), le premier et finalement unique procès pénal des ex-dirigeants de la compagnie s'achèvera sur la relaxe des 19 inculpés. Ce procès fleuve, dont le verdict ne satisfera personne à l'exception des accusés, aura néanmoins permis de faire le deuil de la compagnie au niveau du grand public.
Liquidation à achever
Désormais, dix ans après la disparition du groupe, la liquidation menée par l'avocat zurichois Karl Wüthrich, suit son cours. Cette procédure, avec son chapelet d'actions en justice, dont celle au civil contre d'ex-dirigeants de la compagnie, constitue l'un des derniers éléments faisant encore apparaître le nom de Swissair dans la presse.
(ats)
Gestion de crise
Avec l'immobilisation de la flotte de Swissair entre les 2 et 3 octobre 2001 et la suppression de 400 vols dans le monde, l'aéroport de Kloten a dû prendre en charge les passagers restés en rade. Des particuliers et une entreprise de la région ont fait au total don de 30'000 francs.
Cette somme a été utilisée pour le logement, la nourriture, les transports et les billets d'avion des voyageurs qui terminaient leurs vacances et se sont retrouvés désargentés les 2 et 3 octobre. Egalement sans le sou, Swissair n'a pu payer ni repas, ni nuitées.
Alors que la facture totale s'est élevée à 35'300 francs, l'aéroport a avancé la différence. Au final, la somme non couverte par les dons a été financée par un fonds de 55 millions de francs créé par l'UBS pour les cas de rigueur, dont plusieurs dizaines de milliers de francs pour les frais des passagers n'ayant pas pu s'envoler de Kloten.
L'aéroport zurichois a aussi dispensé de taxes d'atterrissage les compagnies ayant organisé des vols vers Zurich pour pallier la défection de Swissair. Crossair a pour sa part assuré les vols Swissair vers une vingtaine de destinations en Europe.
Face à la crise, le Conseil fédéral décide le 3 octobre de débloquer 450 millions de francs. Ce montant doit permettre à Crossair d'assurer les opérations de Swissair jusqu'au 28 octobre, avant l'envol de la nouvelle compagnie qui donnera naissance à Swiss six mois plus tard. Les vols reprennent progressivement le jeudi 4 octobre, cédant la place aux polémiques.
En cause, le refus suisse
Mario Corti et les banques UBS et Credit Suisse n'ont cessé de se rejeter la balle sur la responsabilité de l'immobilisation de la flotte de Swissair le 2 octobre 2001. Au-delà de cette querelle, il ne faut pas oublier que l'origine de la débâcle remonte à un certain 6 décembre 1992.
Ce dimanche-là, qualifié alors de noir par le conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz, le peuple refuse à une courte majorité de 50,3% l'adhésion de la Suisse dans l'Espace économique européen (EEE). Conséquence de ce refus, Swissair se voit interdire le libre accès au ciel communautaire.
Pour surmonter cet obstacle, la compagnie aérienne, qualifiée alors de «banque volante», va dans un premier temps se lancer dans une stratégie d'alliances. En novembre 1993, le projet Alcazar, visant à créer le premier groupe aérien européen comprenant Swissair, l'autrichienne Austrian Airlines (AUA), la scandinave SAS et la néerlandaise KLM échoue. Les parties ne sont pas parvenues à s'entendre sur un partenaire américain.
Swissair va dès lors se tourner vers la compagnie belge Sabena, dont il rachète 49,5% du capital en 1995. Deux ans plus tard, avec le transporteur du plat pays et AUA, la compagnie suisse, désormais dirigée par Philippe Bruggisser, va fonder Atlantic Alliance. Ce partenariat sur les vols transatlantiques prendra fin en 1999, Delta s'alliant à Air France.