Economies des cantonsMoins d'argent pour toujours plus d'élèves
Les budgets alloués à la formation vont encore se réduire pour la période 2016-2018. Les parents sont invités à passer à la caisse alors que le nombre d'écoliers ne cesse de croître.

Les cours de langue nationale pour les enfants sont particulièrement menacés
Les cantons exigent toujours plus de sacrifices de la part de la formation au nom de l'équilibre des finances publiques. Comme le souligne l'association faîtière des enseignants en Suisse, ces mesures d'économie ont représenté 265 millions de francs entre 2013 et 2015 rien qu'en Suisse alémanique.
Pour la période entre 2016 et 2018, le montant des restructurations atteindra 536 millions, révèle le Tages-Anzeiger dans son édition du 26 novembre.
«Si nous pouvions vraiment calculer toutes les économies, nous atteindrions le seuil du milliard de francs pour les années 2013 à 2018», estime Franziska Peterhans, secrétaire générale de l'association faîtière LCH.
Des coupes protéiformes
Les secteurs concernés ont également évolué. Auparavant, c'était le corps enseignant qui était mis à contribution en termes de salaires, de retraites ou encore de formations continues. Mais le seuil d'incompressibilité a été atteint et les autorités coupent désormais dans l'enseignement à proprement parler.
L'offre pour les écoliers demandant davantage d'encadrement et pour ceux qui sont particulièrement doués sera limitée. La moitié des leçons en classe sera supprimée, des classes seront rayées ainsi que des matières optionnelles ou des sujets obligatoires. Cela alors que le nombre d'élèves ne cessera de croître au fil des prochaines années, selon les pronostics de l'Office fédéral de la statistique. Selon celui-ci, le nombre de jeunes à l'école primaire va augmenter de 12% entre 2011 et 2021. Au niveau de l'école secondaire, le nombre d'élèves devrait lui aussi croître dès 2017.
Si la situation du français en Suisse alémanique est désormais bien connue, des cantons comme Argovie sabrent également dans les cours d'allemand comme seconde langue, quand ils ne demandent pas aux parents de mettre la main à la poche. Une situation qui inquiètent les enseignants car ce genre de cours est destiné aux enfants de migrants. Les professeurs estiment que cette tendance met en danger l'école en tant qu'outil d'intégration.
Les parents toujours plus sollicités
L'enseignement de l'anglais dans des classes primaires est également remis en question. Dans certains cantons, des politiciens proposent d'ajouter une semaine de vacances afin de réduire les coûts ou encore d'augmenter les frais de scolarité pour les parents.
Cette dernière idée séduit toujours plus, surtout pour les branches facultatives ou optionnelles comme l'enseignement de la musique au niveau secondaire, qui serait ainsi à la charge des parents. Quant aux camps d'étude ou de ski, l'offre se réduit comme peau de chagrin année après année ou alors les subventions sont carrément coupées.
Les bonnes vieilles mesures de suppression de postes restent toujours d'actualité, comme à Berne qui va réduire ses effectifs, augmenter le nombre d'élèves par classe et procéder à des fermetures de classes.
Des cantons contraints
Les organisations d'enseignants protestent contre cette pluie de mesures et organisent des actions, comme des manifestations ou des plaintes. Certaines essaient également de lancer des initiatives populaires pour garder une formation et des services publics de qualité. «Les chiffres dans un programme d'économies sont une chose, mais derrière, il y a des conséquences pour les enfants, les parents, les enseignants, les communes et finalement la société», avertit Franziska Peterhans.
Les autorités affirment qu'elles n'ont pas le choix, comme l'explique Christoph Eymann, président de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP). Elles ont longtemps cherché à préserver les écoles «mais la pression est désormais trop grande», souligne-t-il.