«C'est une vraie mafia qui régnait dans cette prison»

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Orbe (VD)«C'est une vraie mafia qui régnait dans cette prison»

Un gardien est soupçonné de trafic de stupéfiants et de matériel téléphonique. Le système était «bien rodé», raconte un ancien taulard.

Pour un smartphone, les détenus payaient 1200 à 1700 francs

Pour un smartphone, les détenus payaient 1200 à 1700 francs

photo: Reuters

Début janvier, une affaire de trafic de stupéfiants et de portables a secoué les Etablissements pénitentiaires de la plaine de l'Orbe (EPO). Après une fouille minutieuse des cellules, des téléphones ont été saisis. Un gardien a été arrêté (lire ci-contre), a communiqué vendredi la police cantonale.

A l'époque, Adnan* était là. «Juste avant Noël, j'ai donné 1200 fr. à un autre détenu connu dans la prison comme l'entremetteur d'un agent de détention. Le même jour, il m'a livré un Samsung Galaxy S5. Mon téléphone a rapidement été séquestré. J'ai attiré en vain l'attention de la direction sur les pratiques en cours», regrette l'ex-taulard. Mustafa*, un autre ancien détenu, dénonce un «système bien rodé et très tordu».

D'après lui, «une mafia très bien organisée régnait dans la prison. D'abord, on fermait les yeux sur les natels, que les détenus payaient au prix fort. Les agents organisaient ensuite des fouilles et ramassaient tout. Après, il se passait quoi? Les prisonniers payaient encore. C'est un mouvement cyclique dans lequel nous, qui avions tellement besoin de communiquer avec l'extérieur, étions des pigeons. Les saisies permettaient au système de perdurer», dénonce-t-il.

Les deux anciens prisonniers en sont convaincus: une telle organisation ne pouvait perdurer sans la complicité d'au moins un fonctionnaire. «Le détenu qui vendait les natels est un Sri-Lankais dont la cellule n'était curieusement pas fouillée. Et dans la prison, tout le monde savait qu'il était de mèche avec un agent.»

* Prénoms d'emprunt

Cadre carcéral ou auberge espagnole?

Le police vaudoise a interpellé un agent de détention et un détenu, aux EPO, jeudi. Le gardien a été placé en détention provisoire. Une instruction pénale a été ouverte. «L'enquête en cours devra déterminer l'entier de l'activité délictueuse», relève le porte-parole de la police. Il y a deux mois, la prison de Champ-Dollon (GE) a connu un cas similaire. Un gardien a été arrêté. Il est soupçonné d'avoir introduit dans la prison des portables et des stupéfiants pour les détenus.

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