Lausanne«Nous les avons fait partir, ça puait pire que la bouse»
Une famille a dû quitter un resto à cause d'odeurs qui dégoûtaient les clients. Selon elle, c'est surtout le handicap de leur fille qui dérangeait.

La jeune femme visée se déplace en fauteuil roulant.
AFPL'anniversaire de Jean-Marc ne s'est pas déroulé comme prévu, samedi soir. Pour ses 49 ans, il pensait manger dans un restaurant avec sa femme et leurs trois filles. «Après avoir pris nos commandes, la serveuse nous a dit que nous ne pouvions pas être servis, car une odeur dérangeait les autres clients, explique le père de famille. Elle nous parlait tout en regardant Sarah, ma fille aînée âgée de 18 ans, qui a un handicap psychomoteur.»
Jean-Marc assure que ce soir-là, personne ne puait autour de la table. «Nous étions tous propres, c'est la moindre des choses, clame-t-il. Nous avions également changé Sarah.» Le père de famille a demandé à parler au patron. «Il ne pouvait pas venir, car il était au téléphone, poursuit-il. Nous nous sentions humiliés et très tristes qu'une personne en fauteuil roulant puisse déranger ainsi, mais nous sommes partis sans faire de scandale.»
De retour à la maison, Jean-Marc a raconté sa mésaventure sur Facebook. Son histoire a été partagée des centaines de fois, avec moult commentaires de soutien. La page du bistrot sur le réseau social a été assaillie de messages indignés. A tel point qu'il a d'abord publié une explication dimanche, avant de simplement supprimer son compte lundi. «Je n'ai jamais refusé une personne handicapée, se défend le patron. C'est injuste de m'accuser ainsi. Des gens se sont plaints, d'autres sont partis. Ça puait pire que la bouse, alors nous les avons priés de s'en aller, sinon nous perdions tous nos clients.»
«L'art de l'accueil»
«Malgré son intitulé, un établissement public reste un lieu privé, note Gilles Meystre, président de GastroVaud. Sauf pour une discrimination interdite par la loi, le patron peut refuser qui il veut. Par contre, une fois autorisé à l'intérieur, c'est autre chose. Si l'individu a un comportement inadéquat, comme faire du grabuge ou mendier, on peut lui ordonner de partir. Mais si un client ne sent pas bon, on l'invitera poliment à se mettre à une autre table. C'est aussi ça l'art de l'accueil.»