EurovisionVeronica Fusaro: «Je m'en fous des pronostics»
La représentante de la Suisse recule dans les paris depuis la sortie de son titre, mais estime que tout reste ouvert jusqu’à sa prestation. Interview.

Cela fait une semaine que Veronica Fusaro a levé le voile sur «Alice», le titre qui portera les couleurs de la Suisse à l’Eurovision. Un morceau fort, qui aborde la violence faite aux femmes. Sur les réseaux, certains y voient aussi une lecture queer à travers le clip. Une interprétation que la Bernoise de 28 ans nuance: ce n’était pas l’intention première.
De passage en Suisse romande pour assurer la promo en début de semaine, elle a pris le temps de revenir sur ces derniers jours intenses. Installée dans un canapé en cuir dans les locaux lausannois de la RTS, la chanteuse affiche un sourire franc et prend la peine de nous répondre complètement en français. Celle qui est née à Thoune parle aussi beaucoup avec les mains. Difficile de ne pas deviner ses racines italiennes, de Calabre plus précisément.
Sur Internet, les commentaires s’emballent: beaucoup saluent un titre à part, de qualité, différent de tout ce qui a été proposé jusqu’ici au concours européen. Une singularité qui, espérons-le, pourrait bien devenir sa meilleure carte.
On lit souvent que votre chanson «Alice» n'est pas calibrée pour l'Eurovision. Trouvez-vous que c'est un compliment?
Je comprends en partie ce commentaire, car il existe un stéréotype de la chanson de l’Eurovision, auquel «Alice» ne correspond pas. Justement, c’est ce qui fait sa singularité. Pour moi, l’Eurovision reste avant tout un espace dédié à la chanson européenne, où chacun doit pouvoir s’exprimer librement. Je souhaite proposer un titre qui me ressemble et qui me représente sincèrement. Imposer des limites irait à l’encontre de cette vision et appauvrirait la diversité artistique.
Pourquoi avoir choisi un thème aussi chargé que la violence faite envers les femmes?
J’écris de la musique lorsque certaines idées ou émotions m’habitent au point de m’empêcher de dormir. C’est toujours ainsi que naissent mes chansons. Lorsque je décide de les partager, c’est que j’en suis pleinement convaincue. Pour cet album, j’ai d’ailleurs proposé plusieurs titres; il ne s’agissait pas d’un choix fait à la légère.
Lesquels aviez-vous proposés?
«Can You Take The Heat?» et «Gold Rush» qui font aussi partie de mon album, sorti le 24 octobre 2025.
Ce n'est pas la première fois que vous participez à la sélection interne pour représenter la Suisse à l'Eurovision...
C'est la troisième fois... (Rires.) L'année dernière, j'avais réussi à être finaliste en présentant le morceau «Slot Machine». Et la première fois, c'était en 2017.
Pourquoi vouloir y participer à ce point?
Depuis toujours, mon plus grand rêve est de partager ma musique avec le plus grand nombre. L’Eurovision ne représente pas le monde entier, mais en touche quand même une partie. (Rires.) Je vois donc cette scène comme une véritable opportunité de toucher un public plus large et de donner davantage d’ampleur à mon projet artistique.
«À l'Eurovision, nous allons remplir la scène d'une manière ou d'une autre... Et il y aura, évidemment, de la guitare»
Quel sera le vrai défi de cette aventure?
Le principal défi, ce sont les trois minutes. Je suis habituée à des concerts d’une heure et demie, où l’on peut déployer tout un répertoire et s’installer progressivement. Parfois, il faut même plusieurs morceaux pour trouver le bon élan. À l’Eurovision, le format est tout autre: c’est un show télévisé, centré sur les caméras. L’approche est différente, plus directe, presque comme un sprint. Tout se joue en trois minutes, et chacune d’elles compte.
Avec qui allez-vous travailler pour la scénographie de votre performance?
Avec Fredrik «Benke» Rydman. Il a notamment réalisé la performance de Nemo. Son expérience m’a tout de suite séduite. Nous nous sommes rencontrés lors d’un «chemistry meeting» sur Zoom, et le courant est passé immédiatement. J’ai beaucoup apprécié sa manière de parler de la musique, du théâtre et du spectacle, ce qui m’a profondément inspirée. Il ressentait la même chose, et c’est ce qui nous a poussés à nous lancer ensemble dans cette aventure.
Que pouvez-vous nous dire sur la performance?
Rien du tout. (Rires.) Bon d'accord, nous allons remplir la scène d'une manière ou d'une autre... Et il y aura, évidemment, de la guitare.
Depuis la sortie de votre chanson, vous êtes passée de la 17e à la 22e place dans les pronostics. Vous faites attention à cela?
J’ai regardé une fois, puis j’ai décidé que je m'en fous, car ça n’a finalement pas d’importance. C’est encore très tôt, et c’est la performance qui déterminera si le public accroche ou non. Je vais simplement rester concentrée sur ce que je fais.
Quel est votre but en participant à l'Eurovision?
La finale serait incroyable! Pouvoir toucher les gens de manière authentique serait formidable aussi, et bien sûr, c’est aussi une compétition où l’on vise la victoire.
Pensez-vous déjà à l'après Eurovision?
Oui, beaucoup. Dans deux mois, tout est déjà terminé. Pour moi, il est important de tirer parti de cette opportunité, non seulement comme point culminant, mais aussi pour créer des ponts et préparer la suite. Il y a une tournée en Suisse et en Europe. Nous jouerons dans des festivals et prévoyons d’autres dates à l’automne. Je continuerai aussi à composer de nouvelles musiques.
Que penses-tu de l'approche de Veronica Fusaro face à l'Eurovision?
Fabio Dell'Anna (fda) est journaliste au sein de la rubrique Divertissement depuis 2026. Son domaine de prédilection est la musique.
