Sommet du G7À Évian, des habitants qui cherchent à fuir par tous les moyens
Face aux restrictions imposées à l’occasion du G7, de nombreux habitants de la ville hôte préfèrent quitter les lieux plutôt que de subir une semaine sous cloche.

En Haute-Savoie, la ville d'Évian-les-Bains s'apprête à se retrouver de nouveau au cœur de l’actualité internationale du 15 au 17 juin, vingt-trois ans après le Sommet du G8 en 2003. À une dizaine de jours du G7, qui réunira les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l'Allemagne, l'Italie, le Japon et la France, pays hôte, ainsi que l'Union européenne, les préparatifs ont déjà commencé. En effet, afin d'accueillir les chefs d’État et de gouvernement parmi les plus importants au monde, mais aussi des milliers d'accompagnants et de journalistes venus des quatre coins du globe, un dispositif de sécurité exceptionnel va être mis en place du 11 au 17 juin.
Au moment d'écrire ces lignes, davantage de policiers qu'à l'accoutumée circulent déjà d'un bout à l'autre de la station thermale. Au niveau du square Henri Buet, également connu sous le nom de Place rouge, un terrain militaire a été érigé, où il est strictement interdit d'entrer.
Une ville sous cloche
Les règles sécuritaires, pour les quelque 9000 habitants que compte la commune d'Évian, mais aussi les salariés, commerçants ou professionnels de santé qui y travaillent, les éventuels visiteurs et tous ceux amenés à traverser la zone sans s'y arrêter, sont strictes. Du 11 au 17 juin, toutes les personnes concernées âgées de 13 ans et plus devront être munies d’un Pass G7, demandé au préalable et délivré sous forme de QR code.
Deux périmètres distincts ont été délimités: la zone rouge, qui correspond aux alentours immédiats du Sommet, autour de l'Évian Resort où se tiendront les débats; et la zone bleue, qui couvre un espace plus large comprenant Évian, mais aussi les communes limitrophes de Neuvecelle et Publier.

Durant cette période, Évian sera sous cloche. Pendant sept jours, l'accès à la ville et la traversée de la zone seront toujours possibles mais nécessiteront d'anticiper les contrôles des forces de l'ordre, c’est-à-dire la présentation du fameux Pass G7. De plus, le débarcadère d'Évian sera fermé, et les navettes reportées, aux mêmes horaires, vers Thonon et Lugrin. Les liaisons ferroviaires entre Thonon et Évian seront également interrompues et des transports de substitution seront déployés. De ce fait, le recours au télétravail est encouragé.
En montagne plutôt qu'à Évian
Un dispositif d'envergure qui a de quoi en décourager plus d'un. Ce couple de soixantenaires, résidant en pleine zone rouge, n'a toujours pas fait sa demande de Pass G7, et il n'en aura pas besoin. Tout simplement parce que, comme beaucoup qui en ont la possibilité, ils comptent bien ficher le camp pendant toute la durée du Sommet. «Nous avons choisi de partir en montagne, car circuler risque d’être un véritable casse-tête. Nous savons que nous avons la chance de pouvoir télétravailler, ce qui n'est pas le cas de tout le monde.»
Leur fille, en première année de master à l'UNIL, a anticipé afin de s'éviter le tracas de devoir franchir la frontière à ce moment-là. «Sachant que mes examens tombaient pendant le G7, le 17 juin précisément, j’ai décidé de ne pas rentrer à Évian chez mes parents durant cette période pour ne pas avoir à gérer le stress lié à d’éventuels contretemps et m’assurer d’être à l’heure le jour J», explique-t-elle. Fin mai, l’Université de Lausanne a communiqué auprès de ses étudiants afin de les informer de l’événement, enjoignant les personnes concernées par les dispositions sécuritaires à prévoir un hébergement temporaire en Suisse, «chez des ami.es ou de la famille».
Même chose pour l'Université de Genève, où les examens ont carrément été déplacés au dernier moment pour ne pas avoir lieu pendant les restrictions liées au G7. Une étudiante en pharmacie à l'UNIGE, qui prend le train depuis Évian tous les jours pour se rendre en cours, raconte les désagréments occasionnés: «J’avais réservé un Airbnb pour le 11 juin et prévu de dormir chez une amie le 17, car mes examens étaient initialement programmés les 12 et 18 juin. Mais le 1er juin, on a appris qu’ils étaient soit avancés au 10, soit repoussés au 19. À si peu de temps de l’échéance, perdre deux jours de révision, c’est énorme! En plus, quelques personnes avaient déjà prévu de partir à l’étranger dès le 19 et se retrouvent à devoir annuler leurs billets», décrit-elle, désabusée.
Partout sauf Évian
Et puis, il y a ceux qui ont dû faire les démarches plusieurs fois pour obtenir leur Pass G7, mais qui, leur sésame enfin en main, vont partir quand même. Un couple, qui habite dans un appartement à Évian, en zone bleue, est soulagé d'avoir pu prendre cette décision. Elle, frontalière travaillant dans un restaurant à Lausanne, s’inquiétait de devoir se rendre à Lugrin pour prendre le bateau à destination de la capitale olympique, l’hôtellerie-restauration n’étant pas un secteur où le télétravail est envisageable. «C'est bien beau de transférer le départ d'Évian à Lugrin, mais le parking là-bas est ridicule. Et même s'ils mettent des navettes entre Évian et Lugrin ou Thonon, je n'imagine pas le bazar s'ils doivent contrôler que toutes les personnes dans le bus aient leur pass.»
«Dormir chez une amie à Lausanne s'est révélé être une solution préférable si mes vacances, demandées à la dernière minute pour l'occasion, n'étaient pas acceptées», explique-t-elle. Finalement, la ville se délestera de deux de ses habitants durant cette période: «La dernière solution qu’on a trouvée, c’est de se barrer. On n’a tout simplement pas envie de vivre ça. Partir dans la Creuse, c’est mieux que de galérer pour aller bosser.»
Perrine Millet (pmi) est journaliste au sein de 20 Minutes depuis 2022, à la rubrique du pilotage web.
