Réseaux sociauxAffiche détournée: l’OFSP en colère contre des antivax
L’Office fédéral de la santé publique ne goûte pas à une fausse affiche de propagande qui copie le graphisme de sa campagne. Il envisage des suites juridiques.

Les deux affiches se ressemblent à s’y méprendre. Sauf que sur celle de gauche, quasi rien n’est vrai.
DR/OFSP«Je ne me ferai pas vacciner»: tel est le message d’une doctoresse sur une affiche qui exhorte à «rester prudent», le tout dans l’exact même graphisme que celui du matériel d’information de l’OFSP pour sa campagne vaccinale. L’image a fait le bonheur des sceptiques du vaccin anti-Covid sur Facebook.
Et peu leur importe que ladite doctoresse (dont l’affiche précise qu’il s’agit d’un prénom d’emprunt) n’existe pas. Ils n’ont pas non plus jugé utile de faire leurs «propres recherches» pour voir que la «Fédération suisse pour la protection vaccinale», qui se réclame auteure de l’affiche, n’existe pas non plus.
Tout ce qui leur importe, c’est le message. La doctoresse, «comme un grand nombre de ses confrères» (mais on ne sait pas qui) invite la population à attendre avant de subir une «thérapie génique». Du «je», le texte passe au «nous», même si là non plus, on ne sait pas qui parle, même si l’on devine sans peine que ce sont des antivax. En bas à droite de l’affiche, on parle bien de «risques inhérents à la vaccination».
L’image a été partagée sur des pages intitulées par exemple «Stop à la dictature sanitaire», «Non à l’obligation des masques», ou des groupes de soutien à Didier Raoult.
Pas content!
Pour l’OFSP, ce détournement ne passe pas. «Ce n’est pas la première fois que quelqu’un modifie ou abuse de la campagne de l’OFSP, dit un porte-parole. Cette façon de faire est inacceptable et viole la loi sur les droits d’auteur. Nous sommes donc en contact avec notre service juridique.»
L’OFSP non plus n’a pas pu remonter à la source de l’image et n’en connaît pas son auteur. Et il ne se gêne pas de le souligner. «Ce cas montre que tout le monde ne communique pas avec des moyens loyaux», ajoute le porte-parole, qui rappelle que, sur ses affiches, les membres du corps médical qui annoncent vouloir se faire vacciner sont des volontaires et qu’ils ne sont pas rémunérés.
L’ère des fake news
«Détourner les affiches est une tendance propre à l’ère des fake news. Il faut le même visuel et le même type de message pour espérer être cohérent. Dans ce cas précis, on a de la peine à distinguer le vrai du faux», développe Vincent Antonioli, fondateur et associé de Debout sur la table, agence de marketing à Vevey (VD).
Si Stéphane Koch, expert en stratégie numérique et en sécurité de l’information, estime que la fausse affiche «peut clairement influencer la population suisse» et notamment «les personnes indécises ou inquiètes», tout le monde ne se fait pas avoir pour autant. «Les personnes les plus réceptives aux fake news sont celles qui sont dans la force de l’âge, qui ont été éduquées avec des informations sourcées. Contrairement aux jeunes qui, eux, font plus facilement le distinguo», complète Vincent Antonioli.
Comment éviter le piège?
«Si on ne peut pas retourner à la source, les gens devraient avoir le réflexe de se dire que c’est une fake news.» Pas évident pour tout le monde, sachant que grâce à Facebook, le détournement de l’affiche de l’OFSP a été partagé jusqu’au Québec. Stéphane Koch préconise également l’esprit critique: «Plus l’information revêt un caractère sensationnel ou émotionnel, plus il faut prendre du recul. Ne pas repartager tout de suite, mais prendre le temps de trouver une autre source.»