ConsommationBientôt de la viande cultivée en labo en vente à la Migros
La start-up alimentaire israélienne Aleph Farms a déposé une demande d’autorisation pour commercialiser de la viande in vitro en collaboration avec le géant orange. Celle-ci pourrait être sur les étals dès 2030.

Un steak de bœuf issu de la viande cultivée in vitro.
Aleph FarmsLes Suisses vont sans doute déguster un jour de la viande artificielle. En effet, Aleph Farms, la start-up israélienne spécialisée dans la viande cultivée, à partir de cellules-souches, a déposé le 18 juillet une demande d’autorisation auprès de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) afin de commercialiser en Suisse ses produits, annonce-t-elle dans un tweet, mercredi. C’est une première en Europe, après des demandes déposées aux USA et à Singapour.
L’entreprise, qui compte l’acteur américain Leonardo di Caprio parmi ses investisseurs, explique que cette demande s’inscrit dans le cadre de sa collaboration avec Migros qui a investi pour la première fois dans la société en 2019, affirme-t-elle. Selon une étude menée conjointement par Aleph Farms et Migros, «74% des consommateurs suisses sont ouverts à l’idée d’essayer de la viande cultivée», affirme la start-up israélienne, dans le communiqué, à la fois par «curiosité» et par intérêt pour les questions de «durabilité» et de «bien-être des animaux», ajoute-t-elle.
Du côté du géant orange, on se félicite de ce partenariat. «Le fait que ce soit Aleph Farms qui soit la première entreprise à déposer une demande d’autorisation en Europe est pour nous la preuve que nous avons investi dans la bonne entreprise, celle qui est la plus avancée dans son domaine d’innovation», estime Tristan Cerf, porte-parole du géant orange.
Pas avant 2030
Mais ce n’est pas pour tout de suite quand même que l’on trouvera de la viande artificielle dans nos assiettes. Il faut d’abord que l’OSAV donne son accord. Ensuite, «le produit sera probablement disponible dans un premier temps dans la restauration haut de gamme», explique Tristan Cerf. Du coup, «avant 2030, il ne sera guère possible de trouver de la viande cultivée dans les supermarchés».
Mais est-ce que les consommateurs sont vraiment intéressés? «Migros est convaincue que la viande cultivée peut faire partie d’une solution aux défis existants et qu’elle a un avenir. Elle peut contribuer à assurer l’approvisionnement en protéines de manière durable», répond le porte-parole. Et d’énumérer les avantages de la viande in vitro: de la viande sans abattage ou élevage intensif, un bilan climatique meilleur, pas d’utilisation d’antibiotiques… «Mais en fin de compte, ce sont les clients qui décideront si la viande cultivée aura du succès ou non», souligne-t-il.
Inquiétude sous la Coupole à Berne
Du côté du bâlois Bell Food Group, numéro 1 en Suisse et l’un des leaders de la filière de la viande en Europe, on s’intéresse aussi à la viande de culture. Le groupe avait investi 2 millions d’euros en 2018 dans le capital de la société néerlandaise Mosa Meat qui avait été la première à présenter au grand public un steak haché «in vitro» conçu à partir de cellules souches de vache en 2013. Mais cet engouement inquiète à Berne. Le conseiller national Pierre-André Page (UDC/FR) a déposé une motion le 14 juin dernier demandant au Conseil fédéral d’interdire la viande in vitro. Le Conseil fédéral n’a pas encore répondu. Il lui avait d’abord indiqué, en réponse à une interpellation, qu’interdire cette technologie à titre préventif représentait une mesure «non nécessaire et disproportionnée».