Canton de Vaud«Certains fumeurs savent vivre, mais manquent de savoir-vivre»
Le Grand Conseil a débattu d'une pétition qui demandait que fumer soit interdit sur les terrasses des établissements vaudois. Elle n'a pas passé la rampe.

Vous êtes sur une terrasse, votre assiette de filets de perches meunière arrive, vous commencez à savourer et tout d'un coup, patatras, le client de la table à côté a fini son tartare de bœuf et s'allume une clope. La saveur change de camp. C'est une situation que ne voulaient plus vivre les auteurs d'une pétition discutée mardi au Grand Conseil vaudois, parmi lesquels faisaient partie plusieurs enfants. Ils réclamaient une loi pour interdire de fumer sur les terrasses des établissements.
Demander cordialement plutôt qu'interdire
Plusieurs villes ou régions, au Canada, en Australie ou en Espagne, ont déjà sauté ce pas, a rappelé Valérie Zonca (Les Vert-e-s) pour qui «on parle d'un déplacement de quelques minutes pour les fumeurs» et non d'une «exclusion» comme le jugeaient les opposants à l'interdiction. «Je suis très surpris qu'on évoque la liberté individuelle dans ce débat, mais toujours à sens unique, celle des fumeurs», a relevé Yannick Maury (Les Vert-e-s). Selon lui, les non-fumeurs aussi ont le droit de vivre sans fumée passive.
Mais même à gauche, certains n'ont pas voulu entrer en matière. «Tout ce qui nous dérange dans la vie ne se règle pas par des règlements ou des lois. Interdire de fumer en plein air alors que la fumée se dissipe rapidement, c'est disproportionné», a dit Denis Corboz (PS), estimant que les gens ont toujours la possibilité de cordialement demander aux fumeurs de finir leur cigarette un peu plus loin s'ils sont dérangés en plein repas.
Une question de savoir-vivre
«Le PLR se préoccupe de la santé de la population, mais aussi de celle des restaurateurs et cafetiers. On ne peut pas leur imposer une interdiction supplémentaire», a estimé le député Guy Gaudard. Au centre et à droite aussi, certains ont quand même soutenu la proposition. «Certains fumeurs savent vivre, mais manquent de savoir-vivre», a dit Jean-Louis Radice (Vert'libéral), lui-même fumeur.
Une voie médiane a aussi été rejetée. «On pourrait imaginer une interdiction seulement pendant les heures de repas ou exempter les établissements où on ne mange pas», avait dit Isabelle Freymond (PS). Des zones fumeurs ont aussi été évoquées. En vain. La pétition a été classée par 81 voix contre 43 et 7 abstentions.
Faudrait-il interdire de fumer sur les terrasses des bars et restos?
La clope à la plage restera aussi
Le député Yannick Maury avait en parallèle demandé à ce que fumer soit interdit sur les plages du canton. Mais «toutes les interdictions ne sont pas efficaces», a-t-il été relevé lors des discussions en commission. Cette interdiction-là aurait un effet relativement modeste et stigmatiserait une catégorie de la population. L'élu a finalement décidé de renoncer. «Il n'a pas été possible d'arriver à un compromis», regrette-t-il, tout en se disant persuadé qu'un jour, cette interdiction deviendra réalité. Et, dans de nombreuses années, «on se sentira bien bête de ne pas l'avoir fait plus tôt».