«C’était sûr que ça allait mal finir»

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Prof décapité en France«C’était sûr que ça allait mal finir»

Un enseignant a été tué vendredi soir par un Russe tchétchène de 18 ans après avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet, selon les premiers éléments de l’enquête. L’assaillant a crié «Allah Akbar» avant d’être tué par les forces de l’ordre.

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AFP

«Mets-toi au sol», puis des cris indistincts et des coups de feu. Ces images relatent l’opération de police dans laquelle un jeune islamiste de 18 ans a été tué après avoir décapité un professeur d’histoire près d’un collège de la banlieue ouest de Paris.

L’enquête progressait et les hommages affluaient samedi en France au lendemain de cet «attentat terroriste islamiste». En file indienne, des dizaines d’élèves et de parents se succédaient pour déposer une rose blanche au pied des grilles du collège du Bois d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, près de Paris. Pas un mot, pas un bruit, juste quelques affichettes «je suis enseignant», brandies comme un défi à l’horreur.

La neutralisation de l’assaillant

Escortés par des policiers, des élèves accèdent timidement à l’établissement. A l’intérieur, des équipes du Samu du centre hospitalier de Versailles, des représentants de l’Etat et de l’Education nationale, ont mis en place une cellule psychologique.

«C’est l’horreur, c’est très compliqué de discuter avec mon fils de ce qu’il s’est passé, ce matin il ne veut même plus en parler», explique une mère de famille, qui préfère témoigner sous couvert d’anonymat car son «fils n’aimerait pas voir mon nom dans la presse». Marie, actuellement en seconde, est venue devant son ancien établissement déposer des fleurs en «hommage à son ancien professeur». «Je me souviens de son cours sur la liberté d’expression, on avait parlé de Charlie, on avait fait des dessins qui sont encore accrochés dans le collège», explique la jeune fille, émue, venue avec deux copines.

«Il n’a pas fait ça pour créer des polémiques»

M. Paty «était à fond dans son métier», qu’il «aimait beaucoup», confiait vendredi Martial, un lycéen de 16 ans, accouru devant son ancien collège. «Il voulait vraiment nous apprendre des choses. De temps en temps, on faisait des débats, on parlait». Ce lycéen se souvient très bien de son professeur d’histoire-géographie de 4e dans cet établissement scolaire réputé calme, posé au coeur d’un quartier pavillonnaire.

Parents d’élèves et riverains sous le choc

Selon les premiers éléments de l’enquête, l’enseignant avait montré à ses élèves de 4e, la semaine dernière, une caricature de Mahomet. Un signalement était parvenu à Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE, la première association de parents d’élèves, à cause des tensions suscitées par son initiative auprès de certains parents d’élèves. La victime aurait, selon M. Arenas, «invité les élèves musulmans à sortir de la classe» avant de montrer un dessin du prophète accroupi avec une étoile dessinée sur ses fesses et l’inscription «une étoile est née».

«C’était toutes les années qu’il faisait cela», souligne Virginie, 15 ans, qui a connu l’enseignant. «C’était au programme pour l’EMC (enseignement moral et civique, ndlr), c’était pour parler de la liberté par rapport à l’attentat de Charlie Hebdo, il montrait ces images, les caricatures», indique la jeune fille. «Il n’a pas fait ça pour créer des polémiques ou pour manquer de respect aux petits ou pour faire de la discrimination», abonde Nordine Chaouadi. Son fils de 13 ans entamait sa deuxième année de cours avec M. Paty. «Il me dit, qu’il était super gentil ce monsieur»

Hugo, en 3e, était un des élèves de Samuel Paty, qui lui dispensait des cours de soutien chaque semaine. «Il était super, très conciliant, et à l’écoute», assure-t-il, mais «depuis la semaine dernière l’ambiance était tendue, c’était sûr que ça allait mal finir».

Sa mère, Sabrina Pruvost, acquiesce: «il m’en parlait beaucoup depuis une semaine, on a même reçu un texte de la principale sur l’intranet qui disait qu’il y avait des problèmes entre des parents d’élève et ce prof».

«Chacun apportait son opinion pendant ses cours, c’était super, maintenant il faut continuer et faire face, il ne faut pas leur donner raison», lance un ancien élève, aujourd’hui en classe de première à Gennevilliers.

Plus loin, Ludovic Reignier, 40 ans, père d’une fille de 13 ans en 4e au collège, peine encore à croire ce qui s’est passé la veille. «Comment croire qu’un professeur qui avait montré des dessins se fasse décapiter ?», s’étonne-t-il dans un flot de paroles.

Hommage national

«Nos enseignants continueront à éveiller l’esprit critique des citoyens de la République, à les émanciper de tous les totalitarismes et de tous les obscurantismes», a déclaré sur Twitter le Premier ministre Jean Castex.

«Je serai, et notre pays sera à vos côtés pour vous protéger, vous permettre de faire votre métier qui est le métier le plus essentiel, transmettre à nos enfants les savoirs et les valeurs qui sont notre bien commun», a déclaré le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer dans un message vidéo aux professeurs, une catégorie sociale particulièrement importante dans le paysage socio-politique français. Depuis 30 ans, l’éducation nationale est en première ligne face aux revendications de certains milieux musulmans.

L’Elysée a annoncé samedi qu’un hommage national serait rendu à M. Paty.

(AFP)

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