GenèveCrime pédophile: jamais le Parquet n’avait tapé si fort
En avril, un aîné a été condamné à 8 ans par le Tribunal criminel, saisi pour la première fois d’une affaire de crimes sexuels sur enfant.

Le Tribunal criminel avait jugé l’affaire en avril.
Getty ImagesJamais une affaire de pédophilie, depuis la réforme de la justice en 2011, n’avait abouti au Tribunal criminel genevois – saisi quand le Parquet requiert une peine d’au moins 10 ans. La triste première s’est produite en avril, mais était passée inaperçue: aucun média n’avait suivi le procès, que le pouvoir judiciaire avait omis d’annoncer, et où le Ministère public avait réclamé 12 ans ferme. À son terme, un homme de 76 ans a pris 8 ans pour des faits d’une rare horreur (lire l’encadré).
De fin 2016 à mars 2019, il avait fait vivre l’enfer à un garçon d’alors 10 ans et à deux sœurs de 6 ans, le tout dans un cadre quasi incestueux: il était l’amant de la grand-mère des enfants, le parrain de la mère du bambin et celui d’une des fillettes. De quoi l’armer d’une emprise démesurée. «Le choix du Tribunal criminel illustre la volonté du Parquet de considérer que la pédophilie n’est pas une petite infraction, juge Me Lorella Bertani, avocate du garçon. La justice commence à donner le signal que c’est grave. Les peines augmentent un peu. L’analyse de la parole de l’enfant a beaucoup évolué. La contrainte sexuelle est admise bien plus facilement sur une base psychologique. Tant mieux: un pédophile violent, c’est rarissime.»
Le verdict de 8 ans, prononcé pour coller à la jurisprudence et qui tient aussi compte, à la marge, de l’âge du criminel, satisfait Me Bertani. «C’est une peine proportionnée qui a beaucoup soulagé l’enfant, qui a été cru, et sa mère.» Le Ministère public n’a pas souhaité commenter la procédure, tout comme Me Karim Raho, qui défend l’accusé.
Récompenses et menaces
Pas besoin d’énumérer. Le prévenu a infligé au jeune garçon la plupart des pratiques sexuelles classiques, parfois agrémentées de mises en scène sordides, parfois filmées. Il l’a contraint de diverses façons, jouant du lien familial, faisant miroiter de l’argent de poche, des cinémas ou des McDo, du temps passé à jouer à la console, lui criant dessus ou exhibant un revolver pour l’effrayer. Si le panel des actes sexuels subi par les fillettes est moins étendu, il demeure horrifique. Elles aussi ont été contraintes, alternativement par la récompense et la menace.