«MeToo»Darius Rochebin et la RTS au coeur de la tempête
Une enquête fondée sur des dizaines de témoignages dénonce des cas de harcèlement sexuel et de gestes déplacés au sein de la télévision romande. L’ex-présentateur du JT, aujourd’hui interviewer sur LCI, est tout particulièrement visé.

C’est une bombe dans le paysage médiatique suisse romand qu’a lâchée «Le Temps» dans son édition de samedi. Fruit d’une enquête menée par trois journalistes depuis plusieurs mois, le quotidien romand révèle plusieurs témoignages, des dizaines ont été recueillis, d’employés de la RTS, d’anciens collaborateurs ou de proches du milieu médiatique, dénonçant au sein de l’entreprise du harcèlement sexuel, des comportements déplacés ou des propos inadéquats. Des agissements connus et parfois dénoncés à la hiérarchie sans effet, affirment les personnes citées par le journal, évoquant des dysfonctionnements. Au centre de ces récits, la figure de l’ancien présentateur vedette de la télévision, Darius Rochebin. Tant la RTS que le journaliste mis en cause se défendent d’avoir, pour la première, couvert de tels agissements, pour le second, d’avoir commis des actes pénalement répréhensibles.
L’article fleuve se penche sur trois cas: celui d’un cadre au sujet duquel une dizaine de plaintes auraient été adressées à la hiérarchie sans autre effet, racontent les témoins, que de le voir placé dans un placard doré, celui d’un employé aux mains baladeuses qui aurait tenté d’embrasser de force plusieurs subalternes et dont le comportement était connu de ses collègues, raconte une autre collaboratrice. Enfin, de nombreux témoignages concernent Darius Rochebin.
Faux profils sur Facebook
Selon le quotidien, à l’interne de la RTS, la réputation de l’ancien présentateur vedette aurait été sans équivoque: «mains glissées sous les chemises de collègues masculins, allusions salaces récurrentes ou encore proximité avec de jeunes hommes». Les personnes citées par «Le Temps», également des femmes, font état d’une tentative de baiser forcé, d’une main empoignée et guidée sur les parties génitales. «J’étais interloquée par son comportement que je jugeais ahurissant et totalement déplacé. J’ai pris ça pour un coup de folie», confie une collaboratrice de l’ex-star du JT. Les témoignages masculins relatent plutôt un double jeu: celui de prendre sous son aile un jeune homme souhaitant percer dans les médias, flatté de prime abord de susciter l’intérêt de la star romande, avant de glisser vers des attitudes ambiguës, voire très clairement suggestives. Ces jeunes hommes racontent des cafés, des dîners, des questions déplacées sur leur vie intime ou leurs préférences sexuelles, voire pour l’un des actes sexuels non-repoussés. Plusieurs d’entre eux, ont par ailleurs dévoilé l’existence de profils Facebook de jeunes femmes dont se serait servis le présentateur afin d’entrer en contact avec eux après une première rencontre physique. Des messages visant à garder le lien.
Par l’entremise de son avocat, Darius Rochebin «conteste fermement s’être livré à des actes pénalement répréhensibles» et précise n’avoir «jamais fait l’objet d’une plainte pénale, ni a fortiori d’une quelconque condamnation pénale». Quant à la RTS, elle affirme, par la voix de son directeur Pascal Crittin que «tout comportement déplacé et blessant dans le cadre professionnel est incompatible avec les valeurs de notre entreprise. Lorsque des cas sont portés à notre connaissance, ils sont immédiatement traités, le cas échéant avec une enquête externe indépendante. Selon les conclusions de l’enquête, des sanctions sont prises allant jusqu’au licenciement immédiat».
Le RTS se défend de tout laxisme
Samedi midi, la RTS a réagi aux témoignages parus dans «Le Temps». Par voie de communiqué, l’entreprise indique dénoncer «avec force tout comportement inadéquat et réfute toute accusation de laxisme dans la gestion de tels cas dans le cadre professionnel». La radio télévision suisse romande précise avoir pris connaissance de l’article du quotidien romand et des agissements reprochés à son ancien collaborateur. «Si les témoignages concernant les comportements de Darius Rochebin sont confirmés, la RTS fait part de sa consternation et condamne avec force tout manquement ou écart de conduite.» Au vu des révélations, elle informe qu’elle va «vérifier toutes les informations figurant dans cet article, réexaminer ses processus internes et prendre toutes les mesures nécessaires pour les améliorer le cas échéant». Le média public réaffirme que toute dénonciation est traitée avec diligence et de manière professionnelle. Par ailleurs, la RTS précise encore disposer de trois outils visant à permettre la libération de la parole existants depuis plusieurs années.: une plateforme de whistleblowing, un groupe de médiation interne et une directive précise qui concerne le harcèlement de quelque nature que ce soit.