FranceMarine Le Pen face à un jugement crucial ce lundi
La leader de l’extrême droite française sera-t-elle privée d’élection présidentielle en 2027? Réponse des juges, lundi, dans la matinée.

Marine Le Pen lors des funérailles de son père, Jean-Marie Le Pen, dans sa ville natale de La Trinité-sur-Mer (Bretagne), le 11 janvier 2025.
AFPLa cheffe de file de l’extrême droite française, Marine Le Pen, saura lundi matin, si la justice l’autorise à se présenter à la présidentielle de 2027, dont elle est une des favorites.
Cette décision, dans une affaire de détournement présumé de fonds publics, tient en haleine la classe politique en France, de par ses conséquences électorales.
L’enjeu a été démultiplié depuis que l’accusation a requis, fin novembre, à l’encontre de Marine Le Pen, à la surprise générale, une peine de cinq ans d’inéligibilité «avec exécution provisoire», c’est-à-dire s’appliquant immédiatement, même en cas d’appel de l’intéressée.
«Un droit de vie ou de mort»
Si les juges suivent lundi ce réquisitoire, Marine Le Pen, 56 ans, ne pourra a priori pas participer au prochain scrutin présidentiel prévu en 2027, après déjà trois tentatives infructueuses. Le jugement sera prononcé à partir de 10 h 00.
«Je lis ici et là que nous serions fébriles. Personnellement, je ne le suis pas, mais je comprends qu’on puisse l’être (...) les juges ont un droit de vie ou de mort sur notre mouvement», a commenté la députée dans l’hebdomadaire «La Tribune Dimanche». En s’empressant d’ajouter: «Je ne crois pas qu’ils iront jusque-là».
L’accusation requiert également cinq ans de prison dont deux fermes, aménageables en travaux d’intérêt public, et 300’000 euros d’amende.
Polir l’image du FN
Marine Le Pen est donnée largement en tête du premier tour d’un prochain scrutin présidentiel, avec 34 à 37% des intentions de vote, selon un sondage publié dimanche. Ce n’est cependant pas un gage de succès final, car elle a déjà échoué en 2017, puis en 2022, au second tour, face à l’actuel président Emmanuel Macron, qui ne peut pas se représenter.
Mais dans une Assemblée très fractionnée, elle dirige le groupe parlementaire le plus important, capable de faire tomber à tout moment le gouvernement.
Marine Le Pen espère enfin récolter en 2027 les fruits d’une grosse décennie passée à polir l’image du parti fondé par son père, Jean-Marie Le Pen, condamné pour propos racistes et antisémites, et décédé le 7 janvier. Initialement nommée Front national, la formation a été rebaptisée Rassemblement national en 2018.
Si la lutte contre l’immigration reste au cœur de son programme et «la menace islamiste» l’antienne de ses discours, Marine Le Pen a notamment renoncé à sortir de l’euro.
Des fonds européens mal utilisés
Président du parti, Jordan Bardella a été la semaine dernière le premier dirigeant du RN invité par le gouvernement israélien, comme pour faire oublier les jeux de mots à consonance antisémite affectionnés par le «patriarche» Jean-Marie Le Pen.
Selon l’accusation, le Front national avait mis en place un «système organisé, systématisé», ayant permis entre 2004 et 2016 de faire du Parlement européen la «vache à lait» du parti.
Concrètement, le RN et sa dirigeante sont aujourd’hui accusés d’avoir utilisé les enveloppes de 21’000 euros par mois auxquelles les députés européens avaient droit pour rémunérer des assistants parlementaires «fictifs» qui travaillaient en fait pour le parti comme garde du corps, graphiste ou secrétaire. Le Parlement européen estime le préjudice à 4,5 millions d’euros.
Un plan B nommé Bardella?
Pendant huit semaines à l’automne dernier, neuf anciens eurodéputés FN – dont Marine Le Pen – ont comparu avec douze personnes soupçonnées d’avoir bénéficié d’emplois fictifs (recel), le trésorier et les experts-comptables du parti (complicité).
Tout au long du procès, Marine Le Pen n’a cessé de clamer son innocence. Mais à quelques heures de l’échéance ce lundi, certains cadres du parti ont critiqué, sous couvert d’anonymat, le «côté amateur» selon eux de sa stratégie de défense, ou encore le «tabou» ayant empêché toute discussion collective sur le sujet.
La peine d’inéligibilité est obligatoire pour le délit de détournement de fonds publics reproché à Marine Le Pen, mais la demande de son application immédiate a surpris. Certains adversaires politiques du RN craignent qu’une telle décision soit incomprise d’une large partie de l’opinion, et qu’elle ne fasse in fine le jeu du parti d’extrême droite.
En cas d’inéligibilité de Marine Le Pen, Jordan Bardella apparaît comme une alternative toute trouvée. L’ambitieux dirigeant de 29 ans bénéficie d’une large cote de sympathie. Légèrement supérieure, même, à celle de son mentor, selon un récent sondage.