GenèveDes féministes ajoutent des seins aux saints
Le 14 juin, au temple de Plainpalais, un groupe de femmes ont ajouté des attributs féminins aux personnages sur une fresque murale datant des années 50.

La fresque murale a été «complétée» par les femmes présentes au temple lors de la grève féministe.
DRCouvrez ces saints que je ne saurais voir… Tel pourrait être le sous-titre de ce récit cocasse. Tout commence par la découverte d’un drap violet recouvrant un pan de mur au sein du temple de Plainpalais. Pour lever le voile sur ce que cache la mystérieuse tenture, il faut remonter au 14 juin. À l’occasion de la grève féministe, un groupe de femmes se réunit au sein de la chapelle. Baptisé «les tentes rouges», ce cercle de parole se définit comme «un espace de sororité, de bienveillance et de confiance au féminin».
Dans la pièce où ces dames conversent, on distingue une fresque murale. Datant des années 50, elle représente Jésus tenant le pain et le vin entouré des douze apôtres. Aucune femme au tableau. De quoi donner des idées à celles qui sont présentes. Dans ce qu’une témoin qualifie d’«élan de sororité», ces dernières se munissent de peinture rose et violette et revisitent l’œuvre. Un saint se retrouve affublé de seins; une main cache les organes génitaux masculins; le symbole de Vénus et Mars entremêlés apparaît sur la robe du Christ ainsi qu’un cœur rose sur sa poitrine. Last but not least, un ou plutôt une nouvelle apôtre à la chevelure féminine a été ajoutée à la droite de Jésus.
Informée de cet événement durant l’été, l’Eglise protestante de Genève (EPG) a demandé à ce que la fresque soit recouverte d’un drap, «par respect pour l’œuvre et pour l’artiste». Ce qui a été fait au mois d’août. Interrogés sur cet épisode, les responsables de l’EPG préfèrent nous donner rendez-vous loin des lieux du crime et refusent que l’on prenne une photo. Qualifiant pudiquement les dessins féministes d’«ajouts de peinture rose et violette», Chris Cook, membre du Conseil du Consistoire ayant la responsabilité du dicastère «Lieux d’église», évoque «un geste spontané de certaines femmes parmi la trentaine présente». Elle ajoute: «Il n’y a pas de message à proprement parler. Mais plutôt une expression de leur état d’esprit du moment.» Aux yeux du secrétaire général de l’EPG, Stefan Keller: «Il semble qu’elles n’avaient pas conscience qu’il ne fallait pas altérer la fresque.»
Conservée ou restaurée?
Se pose désormais la question de l’avenir de ladite fresque. Certaines voix s’élèvent pour la conserver en l’état et ainsi alimenter le débat sur la place de la parole des femmes au sein de l’église et de la religion. Et ce, dans la lignée de réflexions en cours, notamment jeudi, à l’occasion d’une journée d’études organisée par la Faculté de théologie de l’Université de Genève et l’EPG traitant par exemple de la question: «Dieu notre Père ou notre Mère? Vers un langage spirituel au-delà du genre.»
Toutefois, les responsables de l’EPG jugent que la conservation des ajouts féministes est impossible. «Il s’agit d’un temple mis à l’inventaire par le Conseil d’Etat, explique Stefan Keller. La fresque fait partie des éléments dignes d’être protégés.» À ce titre, elle sera donc remise en état. «Nous en avons l’obligation», poursuit le secrétaire général. En revanche, rien n’empêche, selon lui, qu’une autre création vienne compléter celle-ci. «On pourrait imaginer quelque chose qui n’altère pas l’œuvre d’origine.» Quant à savoir quand la fresque sera restaurée, pour quel coût et qui paiera, l’EPG ne pipe mot. En attendant, le drap violet reste bien accroché.