Elections cantonales à Genève: ils ont falsifié 35'000 suffrages

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GenèveElections cantonales: ils ont falsifié 35'000 suffrages

Deux jurés ont modifié des bulletins lors du dépouillement le 2 avril 2023. Ils ont été reconnus coupables de fraude électorale. Il n'y a aucun impact sur les résultats.

Le 2 avril 2023, le dépouillement s'est déroulé à Uni Mail comme lors des élections municipales de 2015.

Le 2 avril 2023, le dépouillement s'est déroulé à Uni Mail comme lors des élections municipales de 2015.

Laurent Guiraud / TDG

Ils sont deux jurés à avoir falsifié des bulletins lors du dépouillement, le 2 avril 2023, à Uni Mail. De quoi modifier près de 35'000 suffrages! Précisons-le d'emblée: cela n'a eu aucun impact sur le résultat des élections cantonales genevoises (lire l'encadré). Pour cause: le pot aux roses a été découvert. Quant aux deux jurés (lire le second encadré), ils viennent d'être condamnés par ordonnance pénale pour fraude électorale. Il leur est reproché d'avoir transformé des bulletins compacts en bulletins modifiés et réciproquement.

Le premier, âgé de 47 ans, a fait fort. Sur les 569 bulletins dont il s'est occupé, le service des divergences a dû en corriger 530. Soit un taux d'erreur de 93,15%. Le prévenu avait «ajouté des suffrages supplémentaires à Fabienne Fischer (Verte); Jean-Pierre Tombola (PS); Antonio Hodgers (Vert), Thierry Apothéloz (PS) et Carole-Anne Kast (PS) et retranché des suffrages à Nathalie Fontanet (PLR), Mauro Poggia (MCG), Anne Hiltpold (PLR), Pierre Maudet (LJS) et Céline Amaudruz (UDC).» Ce juré aurait, à lui seul, tenté de modifier près de 31'000 suffrages. «Les listes des Verts, des socialistes et d'élan radical ont été favorisées. Toutes les autres listes ont été désavantagées», indique l'ordonnance pénale.

Comme «envoûté» par l'affiche électorale

Pour sa défense, le quadragénaire, qui travaille à l'Etat, a expliqué qu'il vivait une période difficile, cumulant stress et manque de sommeil. Il prenait du Rispéridone, un médicament contre la schizophrénie fourni par son beau-frère. Le 2 avril, en allant à Uni Mail, il aurait vu une affiche des candidats de gauche au Conseil d'Etat. Il avait été, selon ses mots, comme «envoûté», les noms «tournant dans sa tête».

Des explications qui n'ont pas eu l'air de convaincre le Ministère public. Le procureur général Olivier Jornot relève notamment que les échanges téléphoniques du prévenu montrent qu'il n'avait pas pu prendre d'antipsychotiques le jour des faits puisqu'il ne les a reçus que le 13 avril.

Chèvres sacrifiées et riz en offrande

Mais, ce n'est pas tout. L'enquête révèle aussi qu'après les faits, le quadragénaire a contacté des marabouts pour se «protéger» et «attacher mystiquement» la cheffe de la salle où il avait officié. «Trois chèvres ont été sacrifiées, son poids en riz a servi d'offrande.» Sans compter un message vocal de la mère du prévenu adressé à l'un de ces «mages» dans lequel elle indique que «comme il n'aimait pas le candidat sortant qui est réputé méchant, il a volontairement manipulé les suffrages pour augmenter la note de son candidat favori».

Autant d'éléments qui ont conduit le Ministère public à le condamner à 120 jours-amende (80 fr. le jour) avec sursis et à une amende de 1920 francs. A ce jour, le prévenu n'a pas fait opposition mais le délai n'est pas échu.

«Les résultats sont fiables à 100%»

Près de 35'000 suffrages concernés, c'est beaucoup! comment être certain qu'il n'y a pas eu d'impact? «Les résultats sont fiables à 100%, répond d'emblée la Chancellerie. Les mesures de sécurité mises en place afin de garantir que le vote de chaque électeur soit correctement comptabilisé ont parfaitement fonctionné.» Les «divergences» (non-concordance entre les deux saisies d'un même bulletin) ont en effet été identifiées et corrigées. Et ce, grâce à un système bien huilé. Tous les bulletins sont d'abord numérisés. Puis chaque image est soumise à deux jurés distincts qui, chacun de leur côté et sans concertation possible - grâce à une distribution aléatoire - saisissent la liste et les candidatures choisies par l'électeur dans le système informatique. «Lorsque les saisies des deux jurés ne correspondent pas, le système informatique envoie automatiquement le bulletin au service dit des «divergences», où un troisième juré détermine quel résultat doit être comptabilisé», poursuit la Chancellerie. Dans les deux cas précités, l'alerte a été donnée et les corrections faites. «Le système de sécurité et de contrôle a parfaitement fonctionné et a montré son efficacité». A noter que l'ordonnance pénale souligne que même si les corrections n'avaient pas été faites,« la répartition des sièges aurait été la même que celle publiée dans la soirée du 2 avril 2023». La Chancellerie conclut que c’est la première fois que de telles fraudes ou erreurs surviennent. Enfin, les deux jurés fautifs sont interdits de dépouillement à l'avenir.

«Stressé par la procédure»

L'autre juré a, quant à lui, tenté de modifier 3900 suffrages de liste. Cet homme de 56 ans aurait modifié 410 bulletins sur 598. Soit un taux d'erreur de 68,56%. Là aussi, l'alerte avait été donnée et les corrections faites. Selon lui, il était «stressé par la procédure» et avait «priorisé la quantité». Evoquant un «travail bâclé», le Ministère public l'a reconnu coupable de fraude électorale et l'a condamné à 60 jours-amende (à 210 fr. le jour) avec sursis et à une amende de 2520 francs. Le quinquagénaire a fait opposition.

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