Genève: Pour retrouver les malfrats, ils traquent leurs véhicules

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GenèvePour retrouver les malfrats, ils traquent leurs véhicules

Le Groupe Technique de Recherches de Véhicules (GTRV) analyse les débris mais aussi les vidéos pour identifier les voitures des chauffards et des criminels.

Les experts analysent notamment les débris de voiture après un accident. (Photo d'illustration)

Les experts analysent notamment les débris de voiture après un accident. (Photo d'illustration)

Getty Images

Ce sont des experts. Ils ne travaillent ni à Miami, ni à Manhattan mais à Genève. Et contrairement aux héros des séries américaines, ils préfèrent l'ombre à la lumière des projecteurs mais ne chôment pas pour autant. Les spécialistes du Groupe technique de recherches de véhicules (GTRV) sont sollicités quotidiennement et plutôt deux fois qu'une (lire l'encadré). Cela a par exemple été le cas suite à un heurt frontal entre une moto et une voiture (qui a pris la fuite), à Troinex, en novembre 2024. C'est justement pour retrouver les conducteurs fuyards que le GTRV, qui n'est autre qu'un groupe d'appui technique de l'Unité Routière de la Gendarmerie genevoise, a été créé en 2011.

Depuis, il s'est renforcé et s'est vu attribuer d'autres tâches. En sus des chauffards, ils traquent les criminels en retrouvant la trace du véhicule utilisé pour commettre leur méfait. Ainsi résument ils leur mission: «Le GTRV traite les demandes d'appui dans le domaine de l'identification de véhicule de toute la police genevoise. Tant en matière d'accidentologie (devoirs non remplis ou encore délit de fuite) qu'en matière criminelle, le GTRV apporte un appui à l'identification du ou des auteur(s) et/ou des témoins.»

Faire parler les débris et utiliser la vidéosurveillance

Concrètement, comment cela se passe-t-il? Rien de tel qu'un exemple pour comprendre. «Nous avons été requis dernièrement dans le cadre d'un accident auto-scooter avec blessé et fuite de l'automobiliste fautif, racontent les experts.  La patrouille primo-intervenante de la Brigade routière et accidents (BRA) a dans un premier temps géré les premiers actes d'urgence. Dans un second temps, toujours sur les lieux de l'accident, les collègues ont saisi en pièce à conviction différents débris du véhicule fuyard.»

C'est là que le GTRV entre en jeu. «L'analyse des débris automobiles nous a permis de déterminer la marque, le modèle et la couleur du véhicule incriminé. Sur la vidéosurveillance, nous avons recherché des images d'un véhicule répondant à ces critères. Sans succès. Quant au témoignage de la victime, sans être déterminant, son exploitation s'est révélée approximative compte-tenu de la violence du choc.» Dans le cas évoqué, malheureusement, aucun témoin ne s'est annoncé.

Voiture retrouvée dans un parking souterrain

«Nous avons donc établi un listing de tous les détenteurs potentiels. L'utilisation de différents filtres a permis en quelques jours d'investigations de retrouver le véhicule du fautif stationné au fond d'un parking souterrain et de réaliser une preuve par assemblage.» En effet, partant du principe que chaque débris est unique, la corrélation entre les morceaux retrouvés sur les lieux de l'accident et la voiture prouve qu'il s'agit bien du véhicule impliqué. «Le détenteur a été contacté et il n'était pas le conducteur au moment des faits. Ce dernier a pu être identifié et auditionné ultérieurement par la BRA.» Autant d'éléments qui sont transmis au Ministère public qui prend la suite.

Si les débris demeurent décisifs dans les enquêtes, la vidéosurveillance est devenue incontournable. «Cette interconnexion entre plusieurs éléments - images, témoignages, débris - marque une réelle évolution dans l'appréhension de chaque requête», insistent les spécialistes. Et d'ajouter: «L'accessibilité logiciel aux différentes ressources informatiques et certains moyens techniques complémentaires sont également des appuis précieux.» Selon eux, la méthodologie, la ténacité et l'intelligence collective sont les maîtres mots de leur travail.

En 2024, 450 demandes traitées

«Les demandes d'identification sont en augmentation», précise le GTRV. En 2024, près de 450 ont été traitées. Si les requêtes relatives aux accidents avec fuite sont relativement stables, les demandes en lien avec des crimes ou délits ont fortement augmenté ces dernières années. «Sous toutes ses formes, thermique, électrique, deux-roues, quatre-roues, E-mobility, et dans tous ses usages, la mobilité a changé notre quotidien, soulignent les experts. La présence ou l'utilisation d'un véhicule lors de la commission d'un délit est fréquente, voire systématique. Cet élément d'enquête est déterminant dans la recherche et l'identification des auteurs». Le taux de réussite du GTRV est élevé et permet de faire avancer les enquêtes de façon déterminante.

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