GenèveUne société soutenue par Bertrand Piccard en eaux troubles
Prime Energy Cleantech émet des obligations vertes. En proie à des problèmes de liquidités, elle ne rémunère plus certains investisseurs. Explications.

PrimeEnergy Cleantech investit dans le domaine des énergies renouvelables, notamment solaires et éoliennes. Jusqu'à présent, Bertrand Piccard était son ambassadeur.
Getty images / 20 min«PrimeEnergy représente exactement l’application terrestre de ce que j’ai voulu promouvoir avec Solar Impulse: montrer que les énergies renouvelables sont maintenant crédibles, fiables, rentables.» Bertrand Piccard a déclaré cela le 5 mai 2017 à Plan-les-Ouates, durant une des conférences menées par l’entreprise pour trouver des investisseurs. L’explorateur a jusqu'à peu été l’ambassadeur de PrimeEnergy Cleantech, qui investit dans le photovoltaïque et l’éolien et utilise largement l’image de son célèbre parrain.
Intérêts dus, mais pas versés
Mais un flou entoure désormais la société bâloise créée en 2011, qui affichait, fin 2022, 158 millions d’actifs et un capital-actions de 4,3 millions. Séduit par ces conférences et jugeant que le solaire a «le vent en poupe», François, ingénieur EPFL en électricité, a acquis en 2021 pour 30'000 francs d’obligations émises par PrimeEnergy Cleantech. La promesse: 4% d’intérêts par an sur cinq ans. Depuis, chaque 31 août, il a reçu 1200 francs. Mais pas cette année.
Inquiet, il a téléphoné à la succursale genevoise les 2 et 7 octobre. «On m’a répondu qu’on ne pouvait rien me dire, mais qu’une communication allait vite me parvenir.» François note aussi que PrimeEnergy indique sur son site que «nos émissions obligataires sont clôturées». Trouvant que «ça sent très mauvais» et incapable d’être renseigné sur ce qu’il juge être «une crise», François se dit «très inquiet».
«Une période difficile»
Après avoir contacté le CEO via Messenger, en vain, puis par mail, il a finalement reçu une réponse jeudi soir. Le dirigeant lui écrit que la société «traverse une période difficile»; qu'il mobilise tous ses efforts à «la résolution du problème»; que d'autres clients se trouvent dans le même cas; et qu'une communication formelle sera faite «au plus tard la semaine prochaine». François avait aussi cherché à joindre Bertrand Piccard via son site internet, mais n'avait pas obtenu de retour.
Bertrand Piccard suspend son soutien
Sollicité par 20 minutes, le CEO de PrimeEnergy Cleantech ne s'est pas exprimé, expliquant «ne pas être en mesure» de donner des informations à quelqu’un n’étant ni investisseur, ni avocat d’un investisseur. Bertrand Piccard, en revanche, a très vite et ouvertement exposé les problèmes qu'affronte la société (lire l’encadré), en laquelle il assure croire «beaucoup». Néanmoins, en attendant que la situation soit rétablie, il indique avoir «demandé à ce que [son] rôle d'ambassadeur soit suspendu». Le lien vers son allocution de 2017 a d'ailleurs été supprimé du site de l'entreprise en milieu de semaine.
Les explications du célèbre explorateur
Bertrand Piccard a fait cette déclaration jeudi: «J’ai été ambassadeur de Prime Energy pendant plusieurs années et ai même investi à titre personnel dans cette société en laquelle je crois beaucoup. Aujourd’hui, Prime Energy traverse une phase difficile, et voilà, sans pouvoir l’affirmer avec certitude, ce que j'ai compris de la situation: un gros actionnaire a emprunté une somme très importante à la société et ne l’a toujours pas remboursée. Ceci cause des problèmes de liquidités à la société qui est ainsi empêchée de verser les coupons liés à ses obligations. Une procédure est en cours pour récupérer cet emprunt et j’espère que les coupons de tous les clients de Prime Energy, dont je fais également partie, pourront rapidement être payés. On voit bien que ce n’est pas le modèle d’affaire qui est en cause, mais un problème interne sur le quel la justice se penche actuellement. Je conserve ma confiance dans le directeur général qui me paraît faire tout ce qu’il peut pour rétablir la situation le plus vite et le mieux possible.»