Arnaque: il promet un show avec le «Loup de Wall Street» et disparaît

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Genève/VaudUn Vaudois, ex de la téléréalité, monte l'arnaque au show fictif

Un influenceur a commercialisé, très cher, un speech du «Loup de Wall street», d'abord à Genève, puis à Paris. Il n'a jamais eu lieu. Les clients pleurent leur argent.

Jérémy (Jey) Sudan n'avait pas hésité à se mettre en scène sur la page web vendant la soirée parisienne au Grand Rex. La salle a depuis annoncé avoir saisi la justice.

Jérémy (Jey) Sudan n'avait pas hésité à se mettre en scène sur la page web vendant la soirée parisienne au Grand Rex. La salle a depuis annoncé avoir saisi la justice.

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Le bellâtre affiche ses muscles saillants sur les réseaux sociaux, où il s’exhibe au fil de photos prises, prétend-il, à Marbella ou Miami. Jey (ou Jayce, ou Jérémy, selon l’humeur) Sudan est un influenceur lausannois assez confidentiel. Son heure de gloire: une participation à la saison 10 de «L'île de la tentation», diffusée sur W9 en 2024. Ses traces en ligne laissent penser que le garçon aime le luxe et l’argent.

Il les aime visiblement tant qu’en 2022, il s’est lancé dans une lucrative arnaque. Agissant pour le compte d’une société dont son frère est l’administrateur, World Business Master SA, il a vendu des billets hors de prix (d’une centaine de francs à… 20’000 francs) pour une soirée à l’Arena intitulée «Le Loup de Wall Street». Le 18 février 2023, le public devait y assister à une conférence de l’ex-trader Jordan Belfort, l’homme qui a inspiré le film «Le Loup de Wall Street» de Martin Scorsese, avec Leonardo DiCaprio dans le rôle titre.

L'ouragan Milton tombe à pic

Sauf que Jordan Belfort n’est jamais venu à Genève. La conférence a d’abord été repoussée au 9 septembre 2023, des «raisons personnelles» de l’ex-trader étant invoquées. Puis est survenu un nouveau report, au 22 juin 2024 cette fois. En cause: un «imprévu personnel» du conférencier. Cette fois, la société organisatrice annonce carrément le déplacement de l’événement à… Paris, le 13 octobre 2024. Là, l’actualité offre un nouveau prétexte à l’organisateur: le 5 octobre, l’ouragan Milton ravage la Floride, l’occasion d’informer les spectateurs, deux jours avant la soirée, que les éléments déchaînés empêchent Jordan Belfort de voyager. Et d’annoncer un événement «encore plus grand» ce dimanche 23 mars 2025 au Grand Rex, toujours à Paris. Bien sûr, rien n’y était programmé (la salle a d'ailleurs indiqué, par communiqué, avoir saisi la justice).

Jey s'invente un personnage d'entrepreneur

Détail piquant, le fameux Jérémy Sudan n’avait pas hésité à se mettre lui-même en scène, en tant qu’associé de Jordan Belfort, sur la page web de la soirée parisienne. Il annonçait y intervenir pour fournir «les stratégies nécessaires pour devenir rapidement un entrepreneur à succès». Ce que lui-même, «parti de zéro, sans aucun réseau», avait censément réussi: «Jérémy Sudan (Jeysudan) a atteint la liberté financière et rencontré des personnes influentes, dont le célèbre Loup de Wall Street!»

La valse des comptes Instagram

Les clients, eux, n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Telle cette femme qui, le 14 octobre, a finalement demandé à se faire rembourser les 603 francs déboursés en 2022 et qui attend toujours la réponse. Un autre homme, qui a déboursé 218 francs, dit avoir sollicité à de nombreuses reprises les organisateurs. «Les comptes Instagram apparaissent et disparaissent. Je n’ai jamais obtenu la moindre réponse.» D’autres ont été moins patients et ont assailli l’Arena de coups de fil.

Le patron de l'Arena: «On a affaire à un voyou»

«Les gens se font voler, c’est dramatique, ils ont raison d’essayer de faire du bruit, se désole Jean-Pierre Simonin, le directeur de l'Arena genevoise. Nous, on ne fait que louer la salle, qui a été réglée en avance, ainsi que les déplacements de date, facturés. C’est nous qui avons mis un terme à cette histoire après un nouveau report. Il est clair qu’on a affaire à un voyou. Je l’ai rencontré une ou deux fois, cheveux gominés, chaussures cirées. Il s’appelait Jérémy Sudan. Un menteur patenté. On a reçu des dizaines de téléphones le concernant. A la fin, on a fini par donner son numéro et celui de sa copine. Mais nous, on ne peut pas porter plainte: on n’a pas été lésés. On a perdu du temps, mais pas d’argent.»

Une des billetteries: «C'était n'importe quoi»

Infomaniak, qui avait fourni l'une des plateformes de billetterie du premier événement, se souvient aussi du bonhomme, dont la photo rappelle de mauvais souvenirs à ceux qui ont eu affaire à lui. «Il faisait beaucoup de pub sur Instagram, utilisait des extraits du film de Scorsese. Il était très insistant, très gonflé. Il nous avait même demandé de monter sur scène. C’était n’importe quoi. On s’était dit qu’il fallait s’éloigner au plus vite de cet événement», relate Thomas Jacobsen, chargé de la communication de l’entreprise. Comme l’Arena, elle n’a pas été lésée.

Il souligne que la billetterie a été bloquée «dès le départ, après une vérification. Nous trouvions les prix déraisonnables et incohérents, de même que la taille de la salle. Nous avions informé l'Arena, et également l'Office des poursuites du canton de Vaud, l'organisateur étant aux poursuites depuis longtemps. La promotion faite par les médias, à l'époque, nous avait aussi choqués.»

Jey est insaisissable et injoignable

Jérémy (ou Jey) Sudan, lui, est injoignable. Tous les numéros de téléphone, fixes et mobiles, liés à cet événement ont été désactivés ou sonnent dans le vide. Les mails restent sans réponse. World business master a été déclarée en faillite le 23 janvier, un jugement annulé le 25 février, ses poursuites ayant été réglées dans l’intervalle. L’homme, dans un rare échange mi-février avec une cliente via un compte WhatsApp qu’orne sa photo, ne manque pas d’aplomb. Il affirme que cette faillite évitée de justesse prouverait sa bonne foi: elle serait due aux nombreux déplacements de date et aux frais de salle payés d’avance et perdus. Et de promettre qu’à présent, la conférence est reprogrammée… en décembre.

Menacé de prison dans le canton de Vaud

Depuis, il n’a plus donné signe de vie à son interlocutrice. Il reste insaisissable, comme pour la justice vaudoise. Son nom figure ainsi à plusieurs reprises dans la feuille d’avis officielle. Entre 2022 et 2024, il s’est vu infliger un total de quinze jours de détention pour des amendes jamais réglées. Toute cette histoire inspire ce commentaire fataliste à Jean-Pierre Simonin: «Il n’y a rien à faire, dans ce type de cas, les gens ne revoient jamais leur argent.»

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