GéographieLe «golfe d’Amérique» n’entrera pas dans l’Atlas mondial suisse
Pour les écoliers de Suisse, le golfe du Mexique ne changera pas de nom. Le rédacteur en chef du livre de référence refuse de se plier à la volonté de Donald Trump.

Les décrets de Donald Trump ne s'appliquent pas aux organisations situées en dehors des États-Unis.
AFPLe président américain fait de la géographie le champ de bataille de sa guerre culturelle, écrit la «SonntagsZeitung». Mais tout le monde ne se plie pas à sa volonté de redessiner les cartes du monde à sa guise. En Suisse, c’est le professeur Lorenz Hurni, cartographe à l’École polytechnique fédérale de Zurich et rédacteur en chef de l'Atlas mondial suisse, qui veut en rester au golfe du Mexique, comme il l'a écrit dans un blog de l'EPFZ.
«Le changement de nom arbitraire est l'expression de la volonté d'étendre la sphère d'influence territoriale des États-Unis», explique-t-il dans la «SonntagsZeitung». Reprendre le nom décidé par Donald Trump n'entrerait en ligne de compte que si la nouvelle appellation était «largement utilisée sur une longue période et au niveau international», précise-t-il.
L’opportunisme de Google et Apple
Lorenz Hurni déplore que Google Maps et Apple aient cédé à la pression de la Maison-Blanche: dans les versions américaines de leurs cartes, le golfe du Mexique s'appelle désormais «Gulf of America». Une solution qu’il juge opportuniste: «Des considérations financières devraient aussi jouer un rôle ici», argue-t-il. «Il serait pourtant facile, lorsqu'un nom est controversé, de mettre un lien, par exemple vers une page Wikipédia, où la problématique est expliquée», suggère-t-il.
«Une vision neutre du monde»
Le scientifique est critique face à toute appropriation politique de la géographie: «Les cartes sont le produit du pouvoir et génèrent du pouvoir.» C’est justement pourquoi il tient à protéger l'Atlas mondial suisse des tentatives d'influence américaine: «Notre objectif est de transmettre une vision neutre du monde, basée sur des faits», rappelle-t-il.
Lorenz Hurni reconnaît certes qu'un changement de nom sur une carte ne crée pas encore de faits, mais ajoute: «Si un changement de nom est répété suffisamment longtemps avec des moyens de propagande, il peut tout à fait s'établir». C'est ce dont il veut protéger l'ouvrage de référence utilisé pour l'enseignement de la géographie dans les écoles suisses. Ce livre paraît depuis 100 ans et est régulièrement mis à jour. Une tâche pour laquelle la rédaction, composée de cinq personnes, recourt à des sources scientifiques internationales.
Berne a subi des pressions
Les décrets de Donald Trump ne s'appliquent pas aux organisations situées en dehors des États-Unis. Mais par le passé, les cartographes en Suisse ont aussi été confrontés aux tentatives de pression politique de certains gouvernements. Par exemple pour la mer du Japon, rebaptisée mer de l'Est par la Corée du Sud. Les ambassades de Corée du Sud et du Nord étaient intervenues, rapporte Lorenz Hurni. Il en a résulté une solution salomonique: dans l'Atlas mondial suisse, cette mer s'appelle désormais «mer du Japon» ou «mer de l'Est».
Autre exemple cité par le professeur: celle du Tibet, envahi par la Chine en 1950. Depuis peu, les autorités chinoises désignent ce territoire sous le nom de Xizang. «Cela doit permettre de consolider encore davantage les revendications territoriales de la Chine», selon le spécialiste. Comme la Suisse officielle considère que le Tibet n'est pas souverain au regard du droit international, l'Atlas mondial suisse le présente comme une partie de la Chine, mais continue de le désigner par le terme Tibet.