Hollywood«Anora» triomphe aux Oscars, deux statuettes pour «Emilia Pérez»
La tragicomédie «Anora» a raflé cinq statuettes dimanche aux Oscars, dont celle du meilleur film. Plombé par la polémique, le film de Jacques Audiard sauve les meubles.

Le réalisateur américain Sean Baker accepte le Prix du meilleur film pour «Anora» lors de la 97e cérémonie des Oscars à Hollywood, en Californie, le 2 mars 2025.
AAFPAvec cinq statuettes, dont celle du meilleur film, «Anora» est le grand gagnant de 97e soirée des Oscars, qui s’est déroulée dimanche à Hollywood.
«Ce film a été réalisé grâce au sang, à la sueur et aux larmes d’artistes indépendants incroyables», a lancé Sean Baker, le réalisateur d’«Anora», en remerciant l’Académie d’honorer «un film véritablement indépendant», produit avec seulement six millions de dollars.
Mikey Madison, meilleure actrice à 25 ans
Après sa Palme d’or à Cannes, son Cendrillon moderne rafle non seulement la récompense suprême, mais aussi les Prix de la meilleure actrice pour Mikey Madison, du meilleur scénario, du meilleur montage, et du meilleur réalisateur pour Sean Baker, figure du cinéma d’auteur américain.
Ce film, où une strip-teaseuse new-yorkaise se marie au rejeton d’un oligarque russe, avant d’affronter le mépris de classe de sa belle-famille ultrariche, ponctue sa filmographie largement dédiée aux marginaux de l’Amérique et aux travailleuses du sexe.
Révélation du film, Mikey Madison a tenu à leur «rendre hommage» en acceptant son Oscar, à seulement 25 ans.
Zoe Saldaña sauve «Emilia» du naufrage
Au contraire d’«Anora», «Emilia Pérez» n’a pas pu reproduire l’enthousiasme généré à Cannes, où il avait notamment reçu le Prix du jury. L’odyssée musicale de Jacques Audiard sur la transition de genre d’un narcotrafiquant mexicain a été largement boudée, après le scandale suscité par les anciens tweets racistes et islamophobes de son actrice principale, Karla Sofía Gascón.
Malgré 13 nominations, un record pour une production non anglophone, ce film tourné principalement en espagnol a reçu seulement deux Oscars: celui du meilleur second rôle féminin pour Zoe Saldaña et de la meilleure chanson, pour «El Mal», titre phare où son personnage d’avocate se révolte contre la corruption de la société mexicaine.
La statuette du meilleur film international lui a échappé au profit du drame brésilien «Je suis toujours là», sur la résistance d’une mère Courage contre l’ex-dictature brésilienne.
Deuxième sacre pour Adrien Brody
Adrien Brody a été l’autre sensation de la soirée: le comédien a remporté l’Oscar du meilleur acteur pour «The Brutalist», où il incarne un architecte survivant de l’Holocauste qui émigre aux États-Unis.
Il rejoint ainsi Marlon Brando et Jack Nicholson dans le club prestigieux des doubles vainqueurs de cette statuette, 22 ans après avoir été récompensé pour «Le Pianiste», où il jouait déjà un artiste confronté à la Shoah.
L’acteur de 51 ans en a profité pour livrer un plaidoyer politique, dans une référence à peine voilée à la nouvelle présidence de Donald Trump. «Si le passé peut nous enseigner quelque chose, c’est de nous souvenir de ne pas laisser la haine s’exprimer sans contrôle», a-t-il insisté, en appelant de ses vœux «un monde plus sain, plus heureux et plus inclusif».
De son côté, Zoe Saldaña s’est dite «fière d’être l’enfant de parents immigrés qui ont des rêves, de la dignité et des mains qui travaillent dur».
Cérémonie consensuelle
Ces deux discours ont compté parmi les rares allusions politiques de la soirée, lors d’une cérémonie bien moins virulente qu’en 2017 après la première élection de Donald Trump.
Contrairement à Jimmy Kimmel à l’époque, l’humoriste Conan O’Brien a largement évité le sujet, illustrant le malaise de Hollywood face au milliardaire républicain, élu cette fois avec le vote populaire des Américains.
La cérémonie est restée consensuelle, avec un spectacle assuré par les stars de la comédie musicale «Wicked», Ariana Grande et Cynthia Erivo, et un hommage aux pompiers de Los Angeles, ravagée par des incendies meurtriers en janvier.
Le palmarès complet
Meilleur film: «Anora»
Meilleur réalisateur: Sean Baker, «Anora»
Meilleur acteur: Adrien Brody, «The Brutalist»
Meilleure actrice: Mikey Madison, «Anora»
Meilleur acteur dans un second rôle: Kieran Culkin, «A Real Pain»
Meilleure actrice dans un second rôle: Zoe Saldaña, «Emilia Pérez»
Meilleur scénario original: Sean Baker, «Anora»
Meilleur scénario adapté: Peter Straughan, «Conclave»
Meilleur film international: «Je suis toujours là» (Brésil)
Meilleur film d’animation: «Flow»
Meilleur documentaire: «No Other Land»
Meilleur montage: Sean Baker, «Anora»
Meilleurs costumes: Paul Tazewell, «Wicked»
Meilleur maquillage et coiffure: «The Substance»
Meilleure chanson originale: Clément Ducol, Camille et Jacques Audiard, «El Mal» dans «Emilia Pérez»