Italie«Jumelles dans la mort»: les féminicides-chocs de deux étudiantes
Deux journaux de référence dénoncent les féminicides «atroces» de jeunes femmes, permis, selon eux, par un manque d'éducation au respect et à la non-violence.

Sara Campanella, étudiante de 22 ans, a été assassinée lundi à Messine, en Sicile, par un camarade d’université, Stefano Argento, obsédé par la jeune femme, qui l’avait éconduit.
X (photo personnelle autorisée)Deux jeunes femmes «à jamais jumelles dans une mort atroce», selon les mots du quotidien La Repubblica: le féminicide en Italie de deux étudiantes a suscité une vague d’indignation et des appels à «une révolution culturelle» contre les violences de genre. Ilaria Sula et Sara Campanella ont été tuées à quelques jours d’intervalle, l’une par son ex-petit ami, l’autre par un amoureux éconduit.
«Un autre monde est possible»
Ilaria Sula, 22 ans, étudiante en statistiques à l’Université La Sapienza de Rome, a été attaquée à l’arme blanche par Mark Antony Samson, un étudiant en architecture avec qui elle avait rompu et qui, selon la presse, a avoué le crime. Son corps a été retrouvé plusieurs jours après sa disparition le 25 mars dans une valise abandonnée au milieu des immondices d’une décharge sauvage non loin de la capitale.
Sara Campanella, une étudiante, elle aussi âgée de 22 ans, a été assassinée lundi à Messine, en Sicile, en pleine rue, devant de nombreux témoins, par un camarade d’université, Stefano Argento, obsédé par la jeune femme, qui l’avait éconduit. Lui aussi aurait confessé son crime.
Plusieurs rassemblements ont eu lieu en Italie après ces meurtres pour dénoncer les féminicides et exiger des mesures fortes contre les violences faites aux femmes. «Un autre monde est possible», pouvait-on lire sur une banderole lors d’une marche de plusieurs centaines d’étudiants mercredi devant La Sapienza à Rome.
«Il faut éduquer à la non-violence et au respect de l’autre les enfants, les adolescents, les jeunes. C’est une urgence. Nous ne pouvons plus attendre.»
«Nous avons besoin d’une révolution culturelle», estimait de son côté jeudi l'autre quotidien de référence, Il Corriere della Sera. «Il faut éduquer à la non-violence et au respect de l’autre les enfants, les adolescents, les jeunes. C’est une urgence. Nous ne pouvons plus attendre.»
Aucun recensement harmonisé des féminicides n’existe en Italie. L’institut de la statistique fournit des chiffres annuels, le gouvernement des données trimestrielles. Le Ministère de l’intérieur a compté 10 femmes tuées par leur partenaire ou ex-partenaire affectif sur les trois premiers mois de l’année (contre 13 sur la même période l’an dernier).
L’association «Pas une de moins», dont l’Observatoire national répertorie les crimes contre les femmes, les lesbiennes et les trans, fait quant à elle état de 8 féminicides depuis le 1ᵉʳ janvier. En élargissant le spectre à tous les homicides de femmes commis dans l’entourage familial ou affectif, le nombre des féminicides s’établit, pour 2024, à 99 selon le ministère (dont 61 femmes tuées par leur partenaire ou ex-partenaire), 97, selon «Pas une de moins».
«Un crime à part entière»
En décembre dernier, Filippo Turetta, un étudiant de 22 ans qui avait poignardé à mort son ex-petite amie Giulia Cecchettin un an plus tôt, a été condamné à la perpétuité. Ce crime avait bouleversé l’Italie et relancé le débat sur les violences faites aux femmes.
Le gouvernement italien a adopté début mars une réforme faisant du féminicide un crime à part entière et non plus une simple variante de l’homicide, la Première ministre Giorgia Meloni saluant alors «un nouveau pas en avant (...) pour contrecarrer la violence envers les femmes».
La Repubblica, qui a titré jeudi sur «Le massacre des jeunes femmes», appelle également à une grande mobilisation pour «l’enseignement, la culture, la dissuasion, la protection, la formation, dans les écoles, les bureaux, les universités, à la télévision, partout».
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