L'ONU évoque des «crimes contre l'humanité»

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Heurts en LibyeL'ONU évoque des «crimes contre l'humanité»

Selon un ancien ambassadeur libyen, Mouammar Kadhafi a fait appel à des mercenaires africains pour réprimer la révolte qui secoue le pays. L'ONU dénonce les exactions.

Des mercenaires africains opèrent en Libye pour réprimer les manifestations antigouvernementales, ce qui a incité des militaires à se ranger du côté de l'opposition, a déclaré mardi l'ancien ambassadeur de Libye en Inde. Il a précisé tenir ces informations de sources en Libye.

«Ils viennent d'Afrique et parlent français et d'autres langues», a déclaré à Reuters Ali Essaoui. Ce dernier a démissionné lundi pour protester contre la violence de la répression et réside actuellement dans un hôtel de New Delhi.

Civils bombardés

Des militaires ont fait défection car «ils ne supportent pas de voir des étrangers tuer des Libyens. Ils se sont ralliés au peuple», a ajouté M. Essaoui. L'homme a également déclaré que des «avions de chasse bombardent des civils dans les rues de Tripoli.» Il s'agit selon lui d'une «violence sans précédent.»

«Les Libyens ne peuvent rien faire contre les avions de chasse. Nous n'appelons pas à l'envoi d'une force internationale mais nous appelons la communauté internationale à sauver les Libyens», a ajouté le diplomate à quelques heures d'une réunion du Conseil de sécurité sur la Libye.

Défections en chaîne

M. Essaoui a ajouté que les ambassadeurs de Libye en Chine, en Pologne, en Tunisie, à la Ligue arabe et aux Etats-Unis avaient quitté leur poste. Il a dit s'attendre à d'autres démissions de diplomates si la répression se poursuivait.

L'ambassade libyenne en Australie a rompu mardi ses liens avec Mouammar Kadhafi, a indiqué le quotidien «The Australian». Le conseiller culturel Omran Zwed a déclaré au journal: «nous représentons le peuple libyen mais nous ne représentons plus le régime libyen».

Le personnel de l'ambassade de Libye en Malaisie a quant à lui condamné mardi le «massacre» perpétré contre des civils dans leur pays. Il a retiré son soutien au colonel Mouammar Kadhafi.

La répression des manifestations a fait de 300 à 400 morts au moins, selon la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).

(ats/afp)

L'Egypte ressert le front

L'armée égyptienne a renforcé sa présence à la frontière avec la Libye, a indiqué mardi une source sécuritaire. Elle entend notamment assurer le passage des ressortissants égyptiens fuyant ce pays en proie aux violences.

«L'armée a envoyé des unités supplémentaires pour assurer la sécurité de sa frontière nord avec la Libye au point de passage de Saloum», a précisé cette source. Quelque 10'000 Egyptiens sont actuellement en attente près de cette localité frontalière selon elle. L'Egypte compte un très grand nombre de travailleurs en Libye voisine.

Deux avions militaires égyptiens ont décollé mardi pour Tripoli afin de faciliter l'évacuation des ressortissants souhaitant quitter le pays, a encore dit cette source. Un hôpital de campagne a par ailleurs été installé à Saloum pour accueillir d'éventuels blessés ou malades, a-t-elle indiqué.

Aucun avion ne devrait toutefois pouvoir atterrir à l'aéroport de Benghazi, deuxième ville du pays et bastion de l'opposition à 1000 km à l'est de Tripoli. Ses pistes ont en effet été détruites dans les violences, a déclaré mardi le ministre égyptien des Affaires étrangères.

Crimes contre l'humanité

Un porte-parole de l'ONU a confirmé mardi que des avions ont tiré sur la foule des manifestants en Libye. Selon un décompte du Haut Commissariat aux droits de l'homme, les violences ont fait jusqu'ici au moins 250 morts et des centaines de blessés.

«Il est maintenant confirmé par différentes sources, y compris par les pilotes libyens qui ont fait défection à Malte, et des témoignages de l'intérieur de l'armée libyenne, que des avions ont été utilisés pour tirer sur la foule», a déclaré à Genève un porte- parole du Haut Commissariat Frej Fenniche.

La Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme a appelé mardi à l'arrêt immédiat des violences en Libye. Elle a demandé à la communauté internationale de s'unir pour condamner des attaques systématiques contre les civils qui équivalent à des «crimes contre l'humanité».

«L'inhumanité avec laquelle les autorités libyennes et leurs tueurs à gages tirent sur des manifestants pacifiques frise l'inconscience», a déclaré la Haut Commissaire Navi Pillay dans un communiqué diffusé à Genève.

«La communauté internationale doit s'unir dans la condamnation de tels actes et s'engager sans équivoque à rendre justice aux milliers de victimes de la répression», a-t-elle ajouté.

«Les autorités doivent immédiatement cesser de tels actes criminels contre les manifestants. Des attaques massives et systématiques contre la population civile pourraient équivaloir à des crimes contre l'humanité», a déclaré la Haut Commissaire, en demandant une enquête internationale indépendante.

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