SantéMoral à zéro, les Suisses ne sont pas tous égaux
Il n’y a pas qu’en politique que le Röstigraben existe. Dans la santé aussi. Les Romands disent qu’ils souffrent plus de problèmes psychiques que les Suisses allemands.

Il n’y a pas qu’en politique que le Röstigraben existe. Preuve en est le rapport de la santé dans le Canton de Genève, publié vendredi par l’Observatoire suisse de la santé (Obsan). Les résultats, tirés de l’Enquête suisse sur la santé 2017, sont sans appel: les Romands se disent beaucoup plus sujets à des problèmes psychiques que les Suisses allemands. «Tous les cantons latins arrivent au-dessus de la moyenne suisse, qui s’établit à 15%. A l’inverse, sans exception, les cantons alémaniques se situent sous cette valeur», résume Jonathan Zufferey, chef de projet scientifique à l’Obsan. Le trio de tête est constitué du Tessin (24, 3%) , du canton de Vaud (22,9%), et de Genève (22,7%), avec près d’un quart des personnes interrogées qui déclarent connaître des problèmes psychiques moyens ou importants.
Une des pistes envisagées par Jonathan Zufferey pour expliquer ce grand écart entre les zones linguistiques est la culture. «Les Latins vont être plus enclins à exprimer leur mal-être, là où leurs cousins alémaniques resteront peut-être plus discrets.» Les participants à l’enquête doivent s’autoévaluer, en estimant s’ils ont connu un des états suivants: nervosité, cafard; abattement ou déprime; calme ou détente; sentiment de bonheur.

«Le psy est encore très mal vu»
Un avis partagé par Chiara Chillà docteure en psychologie, spécialisée dans la gestion des émotions. «Il faudrait réaliser une étude pour comprendre toutes les nuances. Mais effectivement, dans la culture latine, on a plus tendance à parler de ses émotions, à partager son ressenti. En Suisse alémanique, de manière très caricaturale, on se répand moins, on communique moins sur les sujets intimes.» Selon la praticienne basée à Lausanne, certains clichés en matière de santé mentale peuvent aussi expliquer le phénomène. «Le psy est encore très mal vu. Dans certains cantons, les stéréotypes ont la vie dure. Il y a encore cette idée que si on consulte quelqu’un, on est fou.»
Cela signifie-t-il que les Suisses alémaniques se portent mieux que les Romands ou simplement qu’ils expriment moins leur état quand ils ont le moral dans les chaussettes? «L’écart entre les régions est tellement énorme que la différence culturelle n’explique pas tout. D’autant plus que d’autres éléments, tels que les ressources sociales (ndlr: le fait de se sentir entouré ou de bénéficier de l’aide d’un voisin en cas de besoin) sont aussi plus élevés dans les cantons alémaniques. Ces indicateurs tendent à confirmer que nos voisins alémaniques se portent mieux qu’ici.»
Les Suisses s’autoévaluent
Tous les cinq ans depuis 1992, l‘Office fédéral de la statistique mène une enquête sur la santé suisse. La sixième étude a été réalisée durant toute l’année 2017 et compte plus de 22’000 répondants au total, dont 1200 dans le canton de Genève et un peu moins de 1800 dans le canton de Vaud. Il s’agit d’un échantillon représentatif des personnes de 15 ans et plus vivant dans un ménage privé en Suisse.