
Johan Leandersson est né et vit à Fjällbacka, Il pêche pour sa consommation personnelle.
Emmanuel CoissyVacances d'automneLes voyageurs pêchent le homard avec les Suédois
En Suède, chaque habitant majeur peut placer des casiers dans les fonds marins. Un hobby populaire qui crée l'effervescence et attire des visiteurs sur la côte ouest.
«Encore des crabes!» Johan Leandersson peste en ouvrant le casier qu'il vient de remonter. D'un coup sec, il fracasse un crustacé sur la coque de son navire. Il le remet dans le piège en ajoutant un maquereau coupé en deux. Ils serviront d'appât pour les homards. C'est pour eux que le pêcheur, âgé de 44 ans, est parti de chez lui à 9 heures, vendredi dernier (4 octobre 2024), jour de notre rencontre. Johan vit à Fjällbacka, où il est né. Habité par 900 personnes, ce petit port de la côte ouest de la Suède se situe à 132 kilomètres au nord de Göteborg.
Au large de Fjällbacka, dans le Cattégat (détroit entre le Danemark et la Suède), une constellation d'îlots de granit dessine un horizon pittoresque. C'est sur l'un d'eux que l'actrice Ingrid Bergman, icône de l'âge d'or hollywoodien, passait ses vacances d'été. La station balnéaire est aussi réputée parce que Camilla Läckberg, reine du polar, situe là l'action de ses best-sellers. D'ailleurs, la pêche du homard joue un rôle déterminant dans l'intrigue du dernier, «Le nid du coucou».
Loisir accessible à tous

Les amateurs pêchent de fin septembre à fin novembre.
Emmanuel CoissyPas besoin d'un permis pour s'adonner à ce loisir, en Suède. Tout habitant âgé de plus de 18 ans a le droit d'immerger jusqu'à six casiers durant la saison, qui s'étend du lundi qui suit le 20 septembre à 7 heures jusqu'au 30 novembre à minuit. Les professionnels ont droit à davantage de cages ainsi qu'à une prolongation jusqu'au 31 décembre. Johan Leandersson ne bénéficie pas de cet avantage, même s'il a travaillé pendant quinze ans sur un chalutier qui pêchait le hareng.

Les homards trop petits et les femelles portant des œufs sont rejetés à la mer.
Emmanuel CoissyAujourd'hui, le marin bosse sur un navire de sauvetage. Ses casiers, dont un est réservé à son fils, servent à leur consommation personnelle. En période d'abondance, l'excédent est offert aux amis. Il avait 13 ans quand il a acheté la petite embarcation motorisée qu'il utilise toujours pour sa tournée, qui lui prend deux heures.
Les derniers feux de l'été
«L'ouverture de la pêche est un événement très attendu, raconte Johan, à la barre. Des curieux des autres provinces suédoises viennent ici, au Bohuslän. La première semaine, j'y vais tous les jours. Ensuite, j'espace de quelques jours.» Ce moment correspond au début de la basse saison touristique à Fjällbacka. La foule des estivants qui décuple la population est partie. Quelques visiteurs profitent encore d'un soleil aveuglant et de la douceur de la température.

La matinée a été fructueuse: Johan rapporte trois homards.
Emmanuel CoissyJohan a de la chance, ce matin-là. Ses casiers sont bien remplis. Il a capturé des gros crabes, qu'il cuisinera aussi, et sept homards. Deux étaient trop petits et deux femelles portaient des œufs. Ils ont donc été rejetés à l'eau pour garantir la reproduction de l'espèce. Il rapporte trois beaux spécimens, ce qui le ravit.
Depuis l'ouverture, il en a gardé quinze. Le quadragénaire aime sillonner l'archipel où il croise ses voisins venus pêcher, comme lui. Ils discutent joyeusement d'un bateau à l'autre. Ils comparent leurs prises.
Des rencontres amicales
Les Suédois sont chaleureux. Ils engagent facilement la conversation avec les étrangers de passage et leur donnent volontiers des conseils. À défaut d'être invités par un pêcheur amateur, dans l'ouest de la Suède, les touristes peuvent embarquer avec des professionnels qui proposent une excursion payante.

Ces habitants de Fjällbacka ont capturé deux homards.
Emmanuel CoissyLe port de Fjällbacka est jalonné de restaurants, spécialistes du poisson et des fruits de mer. Sur la recommandation d'habitants et de vacanciers, on se rend au Snar Bar, restaurant sans prétention installé à l'arrière d'une poissonnerie. Là, on rencontre Yosef Krian qui s'active derrière les étals et ébouillante les crustacés, sur la terrasse d'un bâtiment partagé avec un chantier naval. Ce Syrien, âgé de 24 ans, s'est établi en Suède il y a dix ans. Il maîtrise la cuisson du homard, des langoustines et des écrevisses, dont la clientèle raffole.

Yosef Krian ébouillante un homard sur la terrasse du Snar Bar, devant la clientèle.
Emmanuel CoissyLes crustacés sont dégustés froids avec de l'aïoli ou de la rémoulade. L'ensemble est présenté sur un plateau garni d'huîtres sauvages, ramassées dans l'archipel. En automne, quelques chefs proposent un menu spécial, dont chaque plat interprète le roi des crustacés. Dans la région, certains trouvent qu'on exagère sa supériorité et lui préfère les écrevisses. Dans les deux cas, le repas est souvent arrosé de vins français que les Suédois adorent.

Dans une poissonnerie de Göteborg, des crustacés pêchés en Suède.
Emmanuel CoissyBonnes adresses
Pour un lunch composé de plats sincères, rendez-vous au Snar Bar. Norra Hamngatan 10, Fjällbacka.
Le Bryggan est un hôtel les pieds dans l’eau. La terrasse de son bistro est idéale pour profiter du soleil. Ingrid Bergmans torg, Fjällbacka.
L'hôtel Stora est le cadre de l'intrigue du «Nid du coucou», dernier polar de Camilla Läckberg. Cet établissement de charme propose une cuisine soignée. Galärbacken 2, Fjällbacka.

La Feskekörka (photo) réunit deux poissonneries, deux restos et des bars. Incontournable. Fisktorget 4, Göteborg.
Ce reportage a été réalisé avec le soutien de l'Office du tourisme de l'ouest de la Suède.