NatationPrivée de piscine olympique, elle sera dans l’eau à Tokyo
La Bosnienne Lana Pudar, 15 ans, nage en plein bonheur dans une ville qui ne possède pas d’installations dignes de son talent. Cela n’empêchera pas ce «dauphin» de briller au Japon.

Lana Pudar est prête à faire des vagues lors des JO de Tokyo.
AFPDepuis qu’elle sait qu’elle participera aux Jeux de Tokyo, Lana Pudar nage en plein bonheur. Et pourtant, c’est un petit miracle pour cette fille de 15 ans. La raison? Sa ville de Mostar ne possède pas de piscine olympique pour qu’elle puisse s’entraîner. Cela n’a toutefois pas empêché cette jeune Bosnienne, spécialiste du 100 mètres papillon, de se qualifier pour les JO.
Si la nageuse s’est mis en tête de devenir la première médaillée olympique pour la Bosnie, elle va se rendre au Japon sans se mettre la pression, l’esprit serein. Avec un record national à 57’’37 établi à la mi-mars, ce chrono peut légitimement l’emmener jusqu’en finale (11e temps de la saison), même si elle se trouve à plus d’une seconde du top 5 mondial, dominé par la Chinoise Yufei Zhang (55’’62 fin septembre 2020) et l’Américaine Torri Huske (55’’66 à la mi-juin aux trials).
Être alignée en finale lui suffirait, idéalement aux côtés de son héroïne, Sarah Sjöström, reine suédoise des bassins, détentrice à 27 ans de quatre records du monde en grand bassin (50 et 100 m nage libre, 50 et 100 m papillon). «Elle est mon idole depuis toujours», a expliqué Lana à l’AFP, au bord de la piscine vétuste de 25 mètres où elle s’entraîne dans la banlieue de Mostar, sa ville natale du sud de la Bosnie connue pour son pont inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco.
«Elle aussi n’avait que quinze ans quand elle a commencé à faire de bons résultats. Je veux faire une photo avec elle et j’espère aussi être sa rivale», a-t-elle déclaré, des étoiles plein les yeux. L’adolescente, dont le visage a encore les rondeurs de l’enfance, a été révélée au public en mars en s’assurant la qualification lors d’un tournoi à Belgrade, grâce à ce qui était alors le deuxième meilleur temps de l’année (57’’37).
Des performances remarquables
«Cela fait longtemps que Lana réalise des résultats qui sont au niveau de meilleures performances en Europe et dans le monde dans sa tranche d’âge et même dans les catégories supérieures», déclare Damir Djedovic, directeur d’Orka, son club de natation. À Belgrade, elle a réalisé le même temps que la Française Marie Wattel et la Grecque Anna Ntountounaki lors de leur victoire partagée aux championnats d’Europe en mai.
En Bosnie, Pudar collectionne les records dans quasi toutes les disciplines et s’attaque depuis ses 13 ans à ceux des seniors, notamment aux 50 et 100 mètres papillon. «Je ne compte plus, je m’y perds. Ma mère s’occupe de ça. En ce qui concerne le papillon, quasi tous les records nationaux sont les miens. Maintenant, je me bats contre moi-même», sourit-elle.
Elle a découvert la natation à 5 ans dans le minuscule bassin municipal de Mostar (12,5 m). «Je l’y ai amenée pour qu’elle apprenne à nager, avant d’aller à la mer», raconte son père Velibor Pudar, un ancien gardien de but du Velez Mostar. Peu après, un entraîneur d’Orka est venu lui parler. «Il m’a dit qu’il voulait la mettre tout de suite dans le club, qu’elle avait du talent. Une vingtaine de jours plus tard, il m’a dit: «C’est un vrai dauphin», poursuit son père, en référence au nom donné dans la région à la discipline papillon.
C’est beau quand les gens me reconnaissent, me félicitent, mais j’essaye de rester concentrée sur l’objectif
Humble et souriante, Lana admet que sa «petite gloire» lui «fait du bien». «C’est beau quand les gens me reconnaissent, me félicitent, mais j’essaye de rester concentrée sur l’objectif», dit-elle, si sereine.
«Le désir de médaille existe et elle fera de son mieux, mais elle ira à Tokyo détendue. Elle n’a pas beaucoup d’expérience et il faut y aller doucement», dit sa mère Nada. Les podiums peuvent venir plus tard. «Lana est le «projet» pour les trois prochains cycles olympiques», selon Damir Djedovic.
La pandémie l’a un peu aidé
Le voyage au Japon tient un peu à la… pandémie qui a retardé les JO d’un an, estime Alena Cemalovic, son principal entraîneur. L’athlète «ne s’est rapprochée que vers la fin 2020 de la norme», avoue-t-elle.
La Bosnie n’a que deux piscines olympiques, à Sarajevo et Banja Luka, et Lana doit faire des heures de route pour se préparer aux grandes compétitions. Mais grâce à sa qualification, elle a décroché des contrats de sponsoring et des aides du Comité olympique national. Ce qui lui permet aussi de s’entraîner en Croatie et en Turquie.
Je vais essayer de m’inscrire à une université prestigieuse aux États-Unis ou quelque part en Europe où je pourrai poursuivre en parallèle ma carrière sportive
Ses entraîneurs espèrent néanmoins que son histoire facilitera la construction d’une piscine olympique à Mostar. Amina Kajtaz, autre pépite de la ville, a dû déménager en Croatie après avoir participé aux JO de Rio.
Pour l’instant, Lana n’a pas l’intention de quitter la Bosnie. Elle veut finir son lycée informatique. Mais elle aussi rêve d’ailleurs. «Je vais essayer de m’inscrire à une université prestigieuse aux États-Unis ou quelque part en Europe où je pourrai poursuivre en parallèle ma carrière sportive.» Elle est prête à plonger dans le mur du songe et les anneaux olympiques pour continuer de nager en plein bonheur…