Procès des antispécistes: «Le dossier est vide»

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GenèveProcès des antispécistes: «Le dossier est vide»

Procureur et avocats se sont affrontés sur la solidité du dossier présenté au Tribunal. Les défenseurs ont demandé l'acquittement.

Maria Pineiro
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Maria Pineiro
Les avocats ont demandé l'acquittement pour la grande majorité des charges.

Les avocats ont demandé l'acquittement pour la grande majorité des charges.

Keystone/Magali Girardin

Le procès des trois militants antispécistes accusés de nombreux actes de vandalisme, de saccage et du blocage d'un abattoir en Suisse alémanique s'est poursuivi jeudi avec les plaidoiries des avocats de la défense. Ils ont demandé l'acquittement de leurs clients pour la grande majorité des faits reprochés, arguant d'une part de la vacuité du dossier et d'autre part de la nécessité pour les activistes de sensibiliser à la cause antispéciste.

Me Léonard Micheli-Jeannet, conseil de A., a estimé que «le Ministère public a créé de toutes pièces un récit hallucinant truffé d'approximations. Dans passablement de cas, il n'y a pas le début d'une preuve.» Son confrère Me Olivier Peter a quant à lui dénoncé une instruction uniquement à charge. Il a relevé que «des témoignages n'ont pas été exploités et des traces ADN ne correspondant pas à celles des prévenus n'ont pas été retenues». Une vision partagée par Me Micheli-Jeannet qui a estimé que pour le procureur, les prévenus sont coupables de tous les actes, quand bien même il n'y a pour certains ni traces ni revendications.

Pour ce qui est de l'occupation de l'abattoir de Soleure, dans laquelle sont impliqués les trois antispécistes, les avocats de G. et R. ont reconnu les faits de contraintes. Me Léonard Micheli-Jeannet a quant à lui plaidé l'acquittement intégral de A., au motif que cette action était «un acte politique, militant, qui cherchait à éveiller les consciences». Me Laïla Batou, qui défend R., a détaillé les motivations du jeune homme: «Il voulait poser la question du statut des animaux en droit suisse.» Les pratiques de l'abattoir concerné respectent la loi, mais respectent-elles les animaux, s'est-elle interrogée avant de se demander si ces méthodes étaient encore en accord avec la sensibilité des Suisses.

Vidéos illégales, mais indispensables

Pour répondre au procureur qui, la veille, avait affirmé que les moyens légaux de se faire entendre étaient suffisants, Me Batou a donné l'exemple des vidéos tournées dans des abattoirs: «Illégales, mais indispensables pour montrer la réalité vécue par les animaux et sensibiliser l'opinion publique.» Les trois avocats partagent une même opinion quant à la liberté d'expression militante à Genève. Pour eux, elle est bien trop souvent limitée outre mesure.

Faisceau d'indices

Mercredi, dans son réquisitoire, le procureur Adrian Holloway avait tissé un faisceau d'indices qui selon lui aboutissent à la culpabilité des trois antispécistes. Pour G. et A., il s'agit de traces ADN recueillies à partir de stickers collés sur les vitrines de certaines boucheries caillassées, d'un pantalon qui semble correspondre à ce que montrent des images vidéo, de la clé qui a servi à fermer l'abattoir de Perly ou encore d'un sac à dos rempli d'objets ayant vraisemblablement servi pour sa mise à sac, retrouvé dans le local commun d'un refuge pour animaux, en Valais.

Pour le procureur, les différents actes de vandalisme et de caillassage forment un tout. Une vidéo de revendication a été postée sur les réseaux sociaux après le caillassage de diverses boucheries. «Les militants y mentionnent sept cas, ceux qui sont répertoriés dans l'acte d'accusation.» Adrian Holloway a dépeint les deux principaux prévenus comme des gens expérimentés, qui «ne laissent pas de traces».

Le verdict sera rendu vendredi.

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