GenèveQuatorze gardiens de prison mis sous enquête
Les agents de détention en poste à Champ-Dollon sont suspectés de s'être livrés à des faits de bizutage sur certains collègues.

Quatorze agents de détention sont placés sous enquête.
Keystone/Martial TrezziniQuatorze gardiens de prison officiant à Champ-Dollon sont sous le coup d'une enquête administrative. Ils sont suspectés d'avoir fait subir des bizutages à certains de leurs collègues. Ces derniers auraient notamment été enfermés dans des cellules ou entravés durant la nuit. Le porte-parole du conseiller d'Etat MCG Mauro Poggia, Laurent Paoliello, confirme l'existence d'une enquête administrative, sans donner plus de détails.
S'exprimant sur les bizutages en général, il indique que «Mauro Poggia en a discuté avec le Conseil d'Etat, qui condamne très fermement ce genre de pratiques et prend cela très au sérieux. Les bizutages humiliants, dégradants, et ce dans quelque service que ce soit, ne seront pas tolérés». Laurent Paoliello note en particulier que dans ce type de situation, «les gens n'ont pas le choix, puisque s'ils disent non, ils mettent leur carrière en danger».
Marc Baudat, président du syndicat UPCP (Union du personnel du corps de police, qui représente aussi les gardiens), indique être au courant de l'enquête. «Nous ne prenons pas de position officielle mais nous soutenons nos membres.»
L'enquête administrative a pour but d'établir si les faits sont avérés, de mettre au jour leurs circonstances exactes, mais aussi de déterminer si la sécurité de l'établissement carcéral a été mise à mal: une fois entravés, les gardiens étaient-ils à même de l'assurer?
«Renforcer l'esprit de corps»
Me Romain Jordan, qui défend certains agents de détention mis en cause, souligne justement que la sécurité de la prison comme celle des gardiens n'a jamais été compromise. «Ce genre de cérémonie ou rite est une pratique admise jusque dans l'armée suisse, puisqu'elle renforce l'esprit de corps. Il faut bien sûr que l'alcool n'entre pas en jeu, qu'il ne contienne aucune allusion raciste, sexiste ou discriminatoire et qu'il ne soit pas humiliant pour la personne concernée. Ces conditions étaient toutes réunies.»
Gardiens «consentants» et «demandeurs»
Il s'étonne de l'ouverture «soudaine» d'une enquête «sur la base d'une dénonciation anonyme, plus d'une année après la découverte des faits», et précise que les agents de détention concernés n'ont pour l'heure pas été suspendus. Surtout, il indique que «tous les gardiens ont été entendus et ont confirmé qu'ils étaient tous consentants, même demandeurs. Lancer autant d'enquêtes administratives pour de tels faits est largement disproportionné.»
«Une pratique ancestrale»
Ces procédures susciteraient d'ailleurs une certaine incompréhension en interne, dès lors que ce type de bizutages auraient cours depuis longtemps, sans que jamais personne ne s'en soit ému.
Me Robert Assaël, qui défend un autre gardien, préfère parler de rite de passage, mais confirme qu'il s'agit d'«une pratique ancestrale qui existe depuis toujours à Champ-Dollon, dans de nombreuses associations ou professions... même chez les avocats! Cela étant, il faut bien sûr proscrire ses dérives et ses excès! Ici, rien de tel.» Et de noter que sur la vidéo en possession des enquêteurs, le bizuté sourit.
«Comment le département peut-il sérieusement dire que la sécurité de l'établissement était en péril? S'il y avait eu une urgence, les gardiens y auraient répondu sans délai, comme quand ils doivent interrompre un repas; il n'y a aucune violation légale: ils doivent être blanchis. Une fois de plus, au lieu de féliciter les gardiens, grâce auxquels la prison n'implose pas, on leur fait des chicaneries.»