Holcim à Eclépens (VD)Sentant venir son heure, la ZAD se met à bouillir
La ZAD et ses militants sont en ébullition alors que la possibilité d’une évacuation se rapproche. Dimanche, un collectif écoféministe a découpé des barrières et arraché des poteaux entourant la carrière.
Sentant la fin approcher, les militants s’échauffent autour de la Zone à défendre (ZAD) de la colline du Mormont, entre Eclépens et la Sarraz. Alors que la possibilité d’une évacuation par la police se rapproche (lire ci-dessous), les actions se multiplient. Dimanche, plusieurs dizaines d’activistes écoféministes ont attaqué les barrières de la carrière à la pince et à la meuleuse, ôtant des mètres de grillage et des poteaux en bois, afin de «se réapproprier la mine», indiquent-elles dans un communiqué. Les manifestantes ont pour la plupart agi nues ou presque, selon le slogan «Libérons nos corps et la Terre du béton patriarcal et son monde».
Les zadistes prennent leurs distances
C’est la première fois que du matériel est détruit par une action militante sur la colline du Mormont. Loin de la condamner, les zadistes précisent toutefois clairement qu’elle n’émane pas de leurs rangs. En effet, leur occupation depuis octobre, bien qu’illégale, s’est déroulée sans dégradation de matériel appartenant à Holcim. C’est d’ailleurs ce qui leur avait valu le soutien de l’Association de sauvegarde du Mormont (ASM). Mais l’ambiance est en train de changer. Si des barricades et des abris perchés dans les arbres existent depuis l’origine de la ZAD, «24 heures» note l’apparition de pavés et de bouteilles vides à des endroits stratégiques et aussi d’attitudes plus agressives chez une minorité de zadistes. Dans cette communauté autogérée et ouverte à tous règne en effet une «pluralité des luttes et des moyens».
L’état de la ZAD et de la carrière avoisinante, vendredi 26 mars 2021.
MediaprofilNon-violence comme condition de soutien
«Nous désapprouvons complétement ces comportements, réagit le président de l’ASM Alain Chanson. Ce n’est plus l’esprit non violent et respectueux qui avait été installé par les fondateurs de la ZAD. Je pense qu’ils sont débordés par de nouveaux courants, et ça devient chaud; ça pourrait devenir contre-productif.» Sa crainte concerne non seulement l’image du combat qu’il mène depuis des années, mais aussi la biodiversité de ce terrain protégé, et le danger lié à une éventuelle évacuation. Le campement destiné à freiner les excavations d’Holcim s’est largement étoffé ces derniers jours, notamment après des appels au soutien en prévision d’une intervention de police.
Même crainte du côté de Daniel Develey, syndic de La Sarraz (VD),: «Je crains que les pacifistes du début ne soient déjà partis et aient été remplacés par des Blacks blocks venus de l’étranger. Le Canton n’aurait jamais dû laisser pourrir la situation aussi longtemps.»
En revanche, la Grève du climat rappelle son soutien inconditionnel à la ZAD, indiquant qu’elle porte une grande confiance dans ses militants sur le choix des moyens à utiliser pour protéger la colline.
Plainte d’Holcim, statu quo du Canton
Le Canton, qui appelle à un départ volontaire et pacifique, n’a pas réagi à cette montée de ton pour l’instant. Une rencontre avec la conseillère d’Etat Béatrice Métraux la semaine dernière est d’ailleurs restée infructueuse. Holcim, par contre, indique avoir engagé des démarches judiciaires. «L’occupation illégale du Mormont est associée à des risques de sécurité importants, tant au niveau humain que matériel, explique son porte-parole Arthur Got. C’est intolérable. Un groupe d’activistes a en effet pénétré illégalement dans la carrière du Mormont et y a commis des dégradations. Holcim a pris ses responsabilités. Le dossier est entre les mains des autorités.»
L’évacuation est proche
Les heures de la ZAD du Mormont sont probablement comptées. Après un recours débouté par le Tribunal cantonal, le délai légal de recours expire ce mardi. Lundi en fin de journée, les militants ont commencé à signaler des renforcements du dispositif policier, laissant présager une expulsion dès les premières heures mardi. Pour y faire face, les zadistes ont appelé au soutien matériel et physique, de quoi faire grossir le campement d’occupants parfois venus de loin. Des réserves de nourriture ont aussi été constituées en cas d’encerclement par la police. Vendredi, environ 800 personnes manifestaient à Lausanne pour soutenir la ZAD, et ont apporté du matériel et de la nourriture.