SerbieÀ Belgrade, Vucic rassemble ses soutiens
Largement contesté dans son pays, le président serbe a dénoncé l’emprise des «puissances étrangères» sur son peuple lors d’un meeting dans la capitale.

Le président serbe Aleksandar Vucic s’adresse au public lors d’un rassemblement à Belgrade, en Serbie, le 12 avril 2025.
AFPLe président serbe Aleksandar Vucic a lancé samedi un mouvement politique transpartisan «véritablement populaire», lors d’un rassemblement organisé pour répondre aux manifestations qui secouent le pays et son mandat, qu’il a attribuées à des «puissances étrangères» contre la «Serbie libre».
Président depuis 2017 après trois années comme Premier ministre, Aleksandar Vucic est confronté depuis novembre à un mouvement de contestation qui a poussé des centaines de milliers de personnes dans les rues contre la corruption et pour un État plus juste.
Déclenché par l’effondrement mortel, le 1er novembre, de l’auvent de la gare de Novi Sad, vu par une partie des Serbes comme la conséquence de la corruption qui, selon eux, gangrène institutions et travaux publics, le mouvement a gagné villes et villages, mené par des étudiants qui ont sillonné le pays à pied pour le «réveiller».
Soutenu par Orban
La contestation? «Une attaque qui vient de l’étranger parce que certaines puissances étrangères ne supportent pas de voir une Serbie libre, indépendante et souveraine», a lancé Aleksandar Vucic devant plusieurs milliers de personnes rassemblées à Belgrade.
Dans un message vidéo diffusé sur la scène, le président hongrois Viktor Orban a abondé, expliquant que «des puissances étrangères veulent expliquer aux Serbes comment vivre». Depuis des mois, Aleksandar Vucic accuse les étudiants de vouloir fomenter un coup d’État ou d’être payés par des «agents étrangers».
Face à un mouvement qui ne semble pas faiblir, il a annoncé samedi la création d’un mouvement politique transpartisan «pour apporter de nouvelles énergies». «Chaque travailleur, chaque fermier est bienvenu, chaque personne qui gagne honnêtement sa vie et se bat pour ses enfants et son pays, est bienvenue», a lancé le président avant d’expliquer qu’il s’agissait aussi de déloger «les responsables politiques arrogants qui refusent de parler au peuple».
Avant lui, le chef des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik, recherché dans son pays, est apparu sur scène pour chanter ses louanges – «aujourd’hui le seul homme capable de maintenir une Serbie forte et puissante, tant sur le plan intérieur qu’extérieur».
«Le plus grand drapeau serbe de l’histoire»
Le coup d’envoi des festivités avait été donné dès vendredi soir lorsque le président et des ministres ont déroulé «le plus grand drapeau serbe de l’histoire» – 200 mètres de long sur 10 mètres de large.
Afin d’amener le plus de monde, plusieurs municipalités avaient organisé le transport de leurs administrés – et les ont invités par SMS à «venir montrer [leur] soutien à la politique du Parti progressiste serbe», le SNS (droite nationaliste) du président, a constaté l’AFP.
Au total, quelque 55’000 personnes étaient présentes vers 19 h 00 au rassemblement, selon les Archives de l’Assemblée publique, un groupe de comptage indépendant. Un chiffre très inférieur aux 275’000 à 325’000 personnes qui avaient participé à la manifestation étudiante contre le gouvernement du 15 mars à Belgrade, selon le comptage du même groupe.
Samedi, la foule, surtout composée de retraités, était invitée sur certains stands à adhérer au nouveau mouvement, et même à voter pour son nom. «J’ai signé et proposé un nom. Les choses vont changer dans le pays grâce à ce mouvement», expliquait dans l’après-midi Olga Krunic, 69 ans. Aleksandar Vucic «n’était pas conscient de beaucoup de choses. Je pense qu’il tirera des leçons [des manifestations]. Je crois qu’il peut aussi unir les étudiants. Nous devrions fonctionner ensemble, ne pas être divisés».
À plusieurs centaines de kilomètres au sud de Belgrade, des milliers de manifestants étaient rassemblés à Novi Pazar contre la politique du gouvernement. Et des dizaines d’autres sont depuis la semaine dernière sur la route, à vélo, en direction de Strasbourg, où ils doivent arriver mardi s’adresser aux institutions européennes.