SuisseDeux papas et une maman: de nouvelles familles en quête de droits
La loi ne prévoit aucune configuration où plus de deux personnes ont l'autorité parentale légale sur un enfant. Un débat va s'ouvrir.

Après le mariage pour tous, le Parlement aura l'occasion de moderniser le droit de la filiation.
20min/Simon GlauserIls sont cinq et forment une seule famille. Jusque-là, rien d'inhabituel. Sauf qu'il n'y a pas trois enfants, mais deux. Et, donc, trois parents. C'est la configuration d'une famille présentée par la «NZZ am Sonntag» ce dimanche. Tous vivent sous le même toit depuis treize ans à Granges (SO). Les deux hommes, qui sont en couple, ont chacun donné leur sperme à une amie commune lesbienne, qui a donné vie aux deux enfants venus chacun d'un des deux pères. Or légalement, les petits n'ont que deux parents: la maman et un seul des deux hommes. L'autre papa, face à la loi, n'existe pas.
A court terme, ce dernier ne doit pas se faire d'illusion car le débat ne fait que démarrer au niveau politique. Le Parlement travaille actuellement sur deux projets: la révision du droit de la filiation et celle du partenariat enregistré, qui doit devenir ouvert aux couples hétéros. «Nous voulons que ce Pacs soit ouvert à tous les types de relations, y compris les parents multiples ou les relations polyamoureuses», plaide Roman Heggli, secrétaire général de Pink Cross. Le conseiller national Andrea Caroni (PLR/AR) se dit ouvert, signe que même à droite, des solutions sont possibles.
La révision du droit de la filiation pourrait aussi permettre de ne plus fixer à deux la limite maximale du nombre de parents légaux. Le conseiller national Nicolas Walder (Vert/GE) dit que si la révision de la loi ne le prévoit pas, il déposera une initiative parlementaire. Ce contre quoi se battront les élus conservateurs. «Plus il y a de parents responsables d'un enfant, moins ils se sentent réellement responsables», pense Barbara Steinemann (UDC/ZH). Pour Marc Jost (PEV/BE), «avec chaque personne supplémentaire dans la relation, le risque de séparation augmente, ce qui la rend plus instable et plus risquée pour les enfants».
Un bon signal
Pour le sociologue François Höpflinger, les nouvelles formes d'union sont un signal de «renaissance» de la famille. «La dissolution de la famille, annoncée par certains, ne s'est pas produite», dit-il. L'anthropologue Carole Ammann de l'EPFZ relève que les familles arc-en-ciel réfléchissent plus intensément à fonder une famille que les hétéros, car un enfant n'y naît généralement pas par hasard ou par accident. «La recherche est très claire sur ce point: les enfants ont besoin de parents. Qu’il y en ait deux ou quatre, cela n’a pas d’importance», affirme-t-elle.