SuisseLes fraudes liées au Covid écrasent toujours la justice
Cinq ans après la pandémie, des cas de fraude aux tests Covid et aux crédits d’urgence continuent à émerger. À ce jour, 60% des enquêtes restent ouvertes.

Flairant le gain facile, certains laboratoires ont tenté de facturer des tests Covid n'ayant jamais été effectués durant la pandémie. (image d'illustration).
Unsplash / Mufid MajnunDes travers financiers liés à la pandémie n’avaient été révélés que dans les années post-Covid. Il y avait eu par exemple des tests de dépistage jamais effectués, qui étaient apparus sur les décomptes des caisses maladie. Un phénomène dû à des laboratoires d’analyses douteux qui avaient flairé le gain facile grâce aux tests financés par l'Etat. En parallèle, d’autres arnaqueurs avaient déposé des demandes de crédits d’urgence frauduleuses.
Or, ces tentatives se poursuivent aujourd’hui encore, comme le montrent des recherches effectuées par la «NZZ am Sonntag». À fin 2024, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) a pris connaissance d'un cas d'une ampleur particulière: quelqu'un a tenté de facturer indûment des coûts de tests pour un montant de 3,4 millions de francs, a indiqué l'office, interrogé par le quotidien. Mais la fraude a pu être détectée à temps, et l’argent n’a pas été versé, selon l’OFSP.
Plus de 5000 plaintes
Aux faux tests s’ajoute un nombre inouï de cas de fraude aux crédits d'urgence, avec plus de 5000 plaintes déposées à ce jour dans toute la Suisse, rapporte le journal zurichois. C’est ce que montrent les chiffres du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco). Et les sommes en jeu sont énormes: plus d'un demi-milliard de francs auraient été escroqués à l'Etat et aux contribuables. Cinq ans après la pandémie, 60% de ces procédures pénales ne sont pas encore closes.
Les Ministères publics cantonaux sont submergés par ces dossiers et leur complexité, ces affaires mêlant souvent d’autres délits économiques. Et des conflits de compétence entre cantons ralentissent parfois les investigations et prolongent encore les procédures. Au point que, dans certains cas, les responsables n’ont toujours pas été interrogés par les enquêteurs. A la longue, les preuves pourraient bien finir par disparaître.
Argovie a dû engager du monde
Face à l’afflux des plaintes, le canton d’Argovie a créé six postes supplémentaires au sein de son Ministère public pour traiter les fraudes liées au Covid. «Nous recevons encore de nouvelles plaintes», explique Karl Knopf, chef de la task force Covid. Environ 400 dénonciations concernent des fraudes aux crédits d’urgence. Le parlement argovien a prolongé le financement de l’équipe jusqu’en 2026, mais Karl Knopf estime qu’il faudra encore plusieurs années pour clore tous les dossiers.