TunisieLe Premier ministre Kamel Madouri limogé
Le président tunisien a limogé son Premier ministre dans la nuit de jeudi à vendredi.

Kamel Madouri écoute le discours du président tunisien Kaïs Saïed lors de sa cérémonie d’investiture à l’Assemblée nationale à Tunis, le 21 octobre 2024.
AFPLe président tunisien Kaïs Saïed a décidé, sans fournir de raisons officielles, de limoger dans la nuit de jeudi à vendredi le Premier ministre Kamel Madouri, un technocrate nommé en août dernier lors d’un vaste remaniement, selon un communiqué de la présidence.
Kamel Madouri a été immédiatement remplacé par Sarra Zaafrani Zenzri, ministre de l’Équipement, tandis que le reste du gouvernement a été maintenu, selon l’annonce officielle.
Le 6 février, le président Saïed avait limogé, également en pleine nuit, sa ministre des Finances Sihem Boughdiri Nemsia, remplacée par la magistrate Michket Slama Khaldi.
De graves difficultés économiques
Kaïs Saïed s’était montré insatisfait ces dernières semaines de l’action de son gouvernement.
La Tunisie subit de graves difficultés économiques et financières, avec une croissance poussive de 0,4% en 2024, un taux de chômage de 16% et une dette équivalente à environ 80% de son produit intérieur brut (PIB).
Le président dispose de pleins pouvoirs lui permettant de révoquer ministres et magistrats.
Un vaste remaniement en août 2024
En août 2024, il avait procédé à un vaste remaniement lors duquel il avait nommé Kamel Madouri, un ancien haut fonctionnaire spécialiste des affaires sociales. Il avait aussi changé 19 ministres, justifiant sa décision par «l’intérêt suprême de l’État» et des impératifs de «sûreté nationale».
Ce changement de Premier ministre intervient dans un climat politique tendu avec des dizaines d’opposants emprisonnés, certains depuis deux ans, ainsi que des hommes d’affaires et des personnalités des médias. À l’été 2021, Kaïs Saïed avait limogé son Premier ministre et gelé le Parlement.
Il a depuis révisé la Constitution pour réinstaurer un régime ultraprésidentiel où il dispose de facto de tous les pouvoirs.
Des ONG dénoncent une régression des droits et des libertés
L’opposition et les ONG tunisiennes et étrangères déplorent depuis ce coup de force une régression des droits et des libertés en Tunisie.
Kaïs Saïed a été réélu le 6 octobre 2024 à une écrasante majorité des voix (plus de 90%) dans un scrutin marqué par une très faible participation de moins de 30%.
Très proche de l’Algérie voisine, qui soutient la Tunisie par des crédits et des envois d’hydrocarbures à prix d’ami, Kaïs Saïed a rompu il y a plus d’un an des négociations entamées avec le Fonds monétaire international (FMI) qui avait proposé un prêt de 2 milliards de dollars (1,7 milliard de francs suisses) en échange d’une série de réformes, notamment dans les subventions étatiques aux produits énergétiques.