GenèveUn duo d’infirmiers à la rencontre des jeunes en difficulté
Au sein des HUG, l’équipe mobile du jeune adulte prend en charge des patients hors du cadre hospitalier.

Ioannis Papoutsos discute avec son patient, Michael, 21 ans, au bord du lac.
mpoSur la jetée du Jet d’eau, sous un soleil radieux, Ioannis et Michael* discutent à distance, assis sur un banc en bois. Père et fils? Amis? Rien de cela. Ioannis Papoutsos est infirmier spécialisé en psychiatrie. Michael, 21 ans, est son patient. Ensemble, en cette journée printanière d’avril, ils discutent de l’avenir du jeune homme. Suit-il le traitement prescrit par le médecin? A-t-il tous les documents nécessaires à sa demande de logement? Est-il au clair sur les démarches à suivre avant de reprendre son apprentissage? Le duo fait le point sur la situation thérapeutique, scolaire et sociale de Michael.
«On se déplace dans leur milieu»
Le jeune homme est suivi par l’équipe mobile du jeune adulte des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Une structure légère, puisqu’ils ne sont que deux infirmiers, qui offre un soutien à des patients de 18 à 25 ans atteints de troubles psychiatriques, en allant à leur rencontre sur le terrain. Cafés, bancs publics ou encore parcs font office de cabinet pour ce pôle créé il y a une année et demie: «On se déplace dans leur milieu, là où ils le souhaitent», expose Ioannis Papoutsos. Il s’agit de sortir la psychiatrie des murs de l’hôpital. «Cela permet de s’adresser à des jeunes qui ne consultent pas, qui ne demandent pas d’aide, car ils ne veulent pas du cadre hospitalier et de l’étiquette psychiatrique», complète sa collègue Audrey Metral. L’équipe est encore peu connue, quoique de plus en plus. Chaque infirmier suit une quinzaine de patients à tout moment: sur l’année 2020, 74 personnes ont été vues. «Nous intervenons à la demande de professionnels ou de proches, détaillent les deux infirmiers. Mais à une seule condition, que la prise en charge soit consentie. Si le jeune ne souhaite pas entrer en contact avec nous, alors nous ne pouvons rien faire.»
Soignants polyvalents
Le duo de professionnels de la santé ne se limite pas aux problématiques médicales. «Nous sommes un peu des Jiminy Cricket», illustre Ioannis Papoutsos. Ainsi, le soignant a aidé Michael à opter pour un traitement par voie d’injection une fois par mois, plus efficace et plus simple à suivre, plutôt que par pilules à prendre tous les jours, l’a orienté vers une «job coach» pour qu’il puisse envisager un retour sur les bancs de l’école afin de terminer son apprentissage, et l’aide actuellement à monter un dossier pour trouver un logement indépendant. Le jeune homme, «parti en vrille», comme il dit, explique se sentir désormais plus libre. «J’étais angoissé. Le traitement m’a rendu plus stable et structuré. Cela a calmé mon anxiété.» Il apprécie les rencontres en extérieur, car elles permettent «de mieux échanger». Pour l’avenir, Michael ne tire pas de plans sur la comète, il cherche avant tout un «accomplissement personnel» qu’il se voit bien atteindre en communauté. «Je ne suis pas trop solo», explique-t-il sous le regard bienveillant de Ioannis. «Ce que l’on vise, c’est la liberté, la responsabilité et enfin l’accomplissement», résume le soignant.
Aller dans la communauté
Les jeunes pris en charge souffrent de pathologies plus ou moins sévères. Certains ont déjà fait des crises et été hospitalisés, d’autres sont, ou ont été, suivis en consultation ambulatoire. Enfin, une partie des patients suivis par l’équipe mobile du jeune adulte n’a pas d’antécédents. «L’objectif à long terme n’est pas forcément une disparition totale des symptômes, mais que le patient puisse atteindre ses objectifs de vie», souligne Audrey Metral. Cette approche de soins mobiles était un objectif de l’Unité de psychiatrie du jeune adulte des HUG depuis plusieurs années. Selon son responsable, le Dr Logos Curtis, «on constate que ça marche bien, qu’il y a clairement une demande». Le médecin souhaiterait que l’équipe mobile puisse être agrandie et qu’elle devienne plus indépendante dans un deuxième temps. Aujourd’hui, elle travaille en symbiose avec le reste du service, notamment avec des médecins pour ce qui est de la médication. Pour lui, l’avenir de la psychiatrie pour les jeunes «se situe de moins en moins à l’hôpital et de plus en plus dans la communauté». Le but étant des prises en charge précoces afin de limiter au maximum l’impact sur la durée d’une maladie mentale.
À la fin de leur rendez-vous, Ioannis Papoutsos et Michael récapitulent les démarches que le jeune homme doit accomplir dans l’après-midi et les prochains jours. Michael quitte le bord du lac pour s’atteler à la tâche. Ioannis enfourche son vélo électrique et file à son prochain entretien: présenter un jeune au Programme d’intégration communautaire des HUG.
*Prénom d’emprunt
Explosion des demandes
La crise sanitaire liée au Covid et les restrictions ont eu des conséquences sur la santé mentale des Suisses, jeunes et moins jeunes. «Comparé à mars 2020, le nombre de consultations en ambulatoire en mars 2021 a quadruplé. On sent une augmentation régulière depuis septembre. Nous avons de plus en plus de travail», révèle Logos Curtis. Une courbe ascendante que confirme Audrey Metral, qui souligne que beaucoup de jeunes qui frappent à leur porte sont sans antécédents. «Un phénomène inédit jusqu’à présent.»
Un réseau structuré
L’équipe mobile du jeune adulte s’insère dans un réseau de prise en charge psychiatrique à plusieurs niveaux. L’Alizé accueille des patients qui requièrent une hospitalisation. Une fois hors des murs, les jeunes sont suivis en ambulatoire par Jade. Enfin, le Programme d’intégration communautaire, le PIC, reçoit des jeunes dans une maison, soit hébergés, soit à la journée. Ils y participent notamment à des activités de groupe.