Un militant climatique condamné pour un blocage

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LausanneUn militant climatique condamné pour un blocage

L'occupation des Retraites Populaires lors d'une marche pour le climat a eu ses premières conséquences judiciaires. Le Prix Nobel Jacques Dubochet avait été appelé à la barre. Le militant fera appel.

Pauline Rumpf
par
Pauline Rumpf

L'occupation avait eu lieu lors d'une marche pour le climat en mars 2019.

L'occupation du bureau des Retraites Populaires, en mars, était le premier acte de confrontation mené en marge d'une grève du climat. Une cinquantaine de jeunes avaient pénétré dans les lieux afin de demander à la société de prévoyance, qui gère notamment la caisse de pension de l'Etat de Vaud, de revoir sa politique d'investissements. L'épisode s'était terminé par l'évacuation, pacifique, mais manu militari, d'une vingtaine de militants par la police.

Le seul mineur du groupe est aussi le premier à être condamné par la justice. Après une première opposition, sa condamnation à 6 demi-journées d'intérêt général avec sursis a été confirmée mardi par le Tribunal des mineurs. Le jeune homme fera appel au Tribunal cantonal. La décision pourrait faire date concernant le destin des 17 autres personnes, majeures, interpellées lors de l'action. Celles-ci comparaîtront ces prochaines semaines.

«A 17 ans, j'aurais fait pareil. J'ai fini au poste quand j'avais 26 ans pour avoir collé des affiches contre le Salon de l'Auto...»

Jacques Dubochet, Prix Nobel de chimie

«Je suis très déçu, nous avions longuement préparé cette défense, mais l'«état de nécessité» qui nous a poussé à cette action n'a pas été retenu, explique Zakaria Dridi, activiste et membre du POP. Le juge a estimé qu'il s'agissait de politique et qu'il ne voulait pas entrer là-dedans. Pourtant, ni la jurisprudence ni la loi n'est vraiment claire...» Et de signaler que dans une autre affaire entre les mains de la justice, à savoir le renversement de barrières de police lors d'une manifestation contre Monsanto, son opposition a permis de réduire son amende à 1 fr. symbolique.

Appelés à la barre, le député POP Vincent Keller et le Prix Nobel de chimie Jacques Dubochet ont tous deux témoigné en faveur du jeune homme et de sa démarche. Cette condamnation dépite le scientifique. «Nous sommes face à deux murs: celui dans lequel on fonce, c'est-à-dire le dérèglement climatique que nous avons causé, et puis celui que nous construisons maintenant, c'est-à-dire notre incapacité à changer.»

Le Morgien ne combat pas l'Etat de droit, mais estime qu'une amende symbolique d'un franc aurait suffi. «Le combat de ces jeunes est nécessaire, et ils le mènent avec bienveillance, estime-t-il. Il faut donc aussi leur répondre avec bienveillance, sinon la confrontation risque de se durcir.» Et de rappeler que durant sa jeunesse, lui-même s'est retrouvé au poste pour avoir collé des affiches contre le Salon de l'Auto...

Après l'occupation des Retraites populaires lors d'une grève du climat, un militant comparaît au Tribunal des mineurs. Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées pour le soutenir.

«Empêchement d'accomplir un acte officiel»

Le jugement rendu par le tribunal condamne Zakaria Dridi à six demi-journées de travaux d'intérêt général avec sursis, et 150 fr. de participation aux frais de justice. Il s'est rendu coupable d'«empêchement d'accomplir un acte officiel et d'infractions à la loi sur les contraventions». Les motivations du jugement suivront.

Deux heures et demi d'occupation

Les faits remontent à la grève du climat du 15 mars. Une cinquantaine de manifestants s'étaient installés dans les locaux des Retraites populaires, qui gère la Caisse de pension de l'Etat de Vaud (CPEV), pour protester contre ses investissements dans les énergies fossiles. Refusant les injonctions de la police à s'en aller, ils avaient bloqué les locaux pendant un peu plus de deux heures et demi, et mené une discussion informelle avec le directeur général de l'établissement, Philippe Doffey. Une évacuation s'en était suivie, et les manifestants qui refusaient de sortir avaient dû être traînés dehors par les agents. Le tout s'était déroulé dans le calme et sans heurts.

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