Commerce de détailLe Black Friday prêt à s'imposer en Suisse
De nombreux magasins participeront au Black Friday vendredi 29 novembre. Cet évènement annuel continue sa croissance en Suisse malgré les critiques.

Les consommateurs helvétiques comptent dépenser 310 millions de francs lors du Black Friday en 2019, selon un institut d'études de marché.
KeystoneLa vague du Black Friday s'apprête à déferler sur la Suisse. Le vendredi 29 novembre, plusieurs centaines de magasins en ligne ou physiques afficheront des rabais pour des consommateurs toujours plus nombreux. Mais cette journée devenue symbole de la surconsommation ne fait pas que des adeptes et des voix s'élèvent en faveur d'un mode de consommation plus raisonné.
En Suisse, la déferlante Black Friday a débuté en 2014 avec une initiative de Manor et prend désormais de plus en plus d'ampleur. «Le volume de la demande a presque doublé chaque année en Suisse depuis 2015», indique à AWP Jérôme Amoudruz, qui a fondé la plateforme Blackfriday.ch pour répertorier les promotions de cette journée en Suisse.
Dans plusieurs pays européens, les ventes du Black Friday ont d'ores et déjà dépassé celles de Noël, notamment au Royaume-Uni, en France, en Allemagne ou encore en Italie, rappelle-t-il, se référant aux données compilées par l'institut d'études de marché GfK.
15% de croissance en 2019
«Selon nos indicateurs, l'édition 2019 devrait poursuivre sa croissance autour de 15% par rapport à 2018». Une progression certes ralentie, mais les intentions de dépenses sont «plus importantes que celles des années précédentes», explique-t-il, car les consommateurs «planifient leurs achats pour l'événement et de plus en plus tôt».
Les chiffres d'affaires générés à l'issue de ces journées promotionnelles en 2019 devraient atteindre de nouveaux «records» et dépasser ceux de l'année dernière. La date du Black Friday n'aurait en effet pu mieux tomber, soit à trois semaines de Noël et après le versement du salaire. Les consommateurs helvétiques comptent dépenser 310 millions de francs, selon GfK.
«Gagner de nouveaux clients»
Du côté de Manor, le succès est au rendez-vous. «Nous constatons chaque année une nette augmentation des ventes», indique à AWP une porte-parole de l'enseigne. Il s'agit d'une campagne «très importante, mais moins importante que celle de Noël qui dure bien plus longtemps», estime-t-elle toutefois.
Outre la hausse des ventes, les magasins espèrent aussi élargir leur clientèle. «C'est également un moyen parmi d'autres pour Manor de gagner de nouveaux clients, promouvoir les cartes de fidélité et conserver nos clients fidèles», explique la porte-parole.
«Un point clé pour les marques est d'attirer de nouveaux clients», confirme Jérôme Amoudruz. Coffeeavenue, une toute jeune plateforme qui met en relation consommateurs et torréfacteurs artisanaux suisses renchérit: «Notre première source de motivation est d'aller chercher du trafic supplémentaire», a indiqué à AWP son co-fondateur Sébastien Grillet. Lancée il y a tout juste un mois, la boutique en ligne espère doubler ses ventes à cette occasion.
Les commerçants proposeront en moyenne des rabais de 15 à 20% sur les produits hauts de gamme et de 30 à 50% sur les autres segments de prix. «Baisser ses marges avant Noël est toujours compliqué», concède Jérôme Amoudruz. Mais difficile de résister aux sirènes promotionnelles. «Les ventes peuvent être 6 à 12 fois plus fortes qu'un jour habituel et pour certaines plateformes, cette journée pèse pour 15% du chiffre d'affaires annuel», explique-t-il.
Pour Coffeeavenue, c'est malgré tout un inconvénient majeur. «Lorsque nous pratiquons un rabais de 20/30%, c'est souvent l'intégralité de notre marge que nous concédons aux consommateurs finaux», affirme M. Grillet.
Fair Friday
Quelques différences sont à noter entre les régions, le coté Romand se montrant moins réceptif à l'évènement. Probablement en raison de l'influence de l'Allemagne de l'autre côté du Röstigraben. «L'Allemagne est un pays où le Black Friday est beaucoup plus mature, il existe depuis plus longtemps», explique Jérôme Amoudruz.
C'est d'ailleurs en Suisse romande que les critiques du Black Friday sont les plus vives. Cette année, les librairies Payot reconduisent leur riposte à cette journée «d'incitation à l'hyperconsommation» avec le Fair Friday. Dans une centaine de magasins romands, les 29 et 30 novembre le montant des tickets de caisse sera arrondi et l'argent récolté reversé à Caritas.
«Le Fair Friday, à l'inverse d'un acte d'achat tourné vers soi-même, a aussi pour vocation de faire prendre conscience aux consommateurs qu'en Suisse, l'un des pays les plus riches de la planète, plus d'un demi-million de personnes vivent dans la pauvreté», a indiqué à AWP Pascal Vandenberghe, président-directeur général de Payot.
Pour l'instant, l'initiative n'est pas suivie Outre-Sarine, mais cela pourrait changer. «Faute d'un relais en Suisse alémanique, nous n'avons pas pu l'étendre cette année, mais nous avons maintenant de sérieux contacts (trop tardifs pour l'édition 2019) qui nous permettent d'imaginer que le Fair Friday sera étendu outre-Sarine dès l'année prochaine», a-t-il soutenu. (nxp/ats)